Retour à l'accueil

[ Choisir une autre fiche ]
Le sacrement de l'ordre (2)
C'est quoi, un évêque ?

La 1ère lettre de saint Paul à Timothée donne une première approche :
"Voici une parole sûre : vouloir devenir responsable d'une communauté d'Eglise, c'est désirer une très belle tâche. Un responsable de communauté doit être irréprochable, époux d'une seule femme, homme mesuré, raisonnable et réfléchi, ouvrant sa maison à tous, capable d'enseigner, ni buveur ni violent, mais plein de sérénité, pacifique et désintéressé. Il faut qu'il mène bien sa propre famille, qu'il se fasse écouter et respecter par ses enfants. Car un homme qui ne sait pas mener sa propre famille, comment pourrait-il prendre en charge une Eglise de Dieu ? Il ne doit pas être un nouveau converti ; sinon il pourrait se gonfler d'orgueil, et tomber sous la même condamnation que le démon. Il faut aussi que les gens du dehors portent sur lui un bon témoignage, pour qu'il échappe au mépris des hommes et aux pièges du démon."
1Tm 3, 1-7
Paul parle en fait des "épiscopes" (du grec épiscopos, qui évoque un regard venant d'au-dessus : on pourrait traduire littéralement "surveillant" ou plus justement "veillant sur"), la traduction liturgique, qui ne veut pas se compromettre, parle de "responsables d'Eglise" ; il s'adresse à un jeune épiscope, qui prend la responsabilité de l'Eglise d'Ephèse, si l'on en croit la tradition. Certes, la situation a beaucoup changé depuis l'époque de Saint Paul et à travers les siècles :
  • Les premières communautés chrétiennes étaient très réduites et circonscrites à des villes, petites ou grandes ; chacune avait son responsable qui connaissait tout le monde et n'avait pas besoin de se déplacer beaucoup. Souvent, dans une même région, les épiscopes formaient un collège, sous l'autorité de l'un d'eux.
  • les premiers épiscopes étaient de toute évidence mariés et pères de famille ; en dehors des prescriptions qui concernent la famille, les qualités que Paul exige des épiscopes peuvent s'appliquer sans changement aux évêques modernes.
  • Au cours des siècles, la situation s'est modifiée : les communautés ont essaimé dans les campagnes, les épiscopes ont eu besoin de collaborateurs ; depuis le haut moyen-âge, leur charge est associée à des revenus, il était préférable qu'ils n'aient pas d'enfant pour ne pas détourner et partager des héritages qui ne leur appartenaient pas en propre : c'est une des raisons de l'application rigoureuse (mais laborieuse) de la règle du célibat, qui s'est appliquée aux évêques avant de le faire aux prêtres : c'est toujours le cas dans les Eglises orthodoxes, où les prêtres peuvent être mariés mais pas les évêques ; quand un prêtre est choisi pour l'épiscopat, s'il est marié, il doit se séparer de sa femme qui doit entrer dans un couvent, génial !)
Ces remarques montrent bien que qu'est un évêque : tout sauf un prêtre qui aurait réussi, qui serait monté en grade, comme on le conçoit encore trop aujourd'hui. C'est un responsable d'Eglise, et donc son ministère se raccroche non pas au presbytérat dont il serait un accomplissement, un épanouissement, mais à celui des apôtres : un évêque est un successeur des apôtres. Le sacerdoce découle de là, et pas le contraire. Mais c'est donc aussi un membre d'un collège, où le pape est un facteur d'unité, un parmi les autres, le premier mais pas un supérieur (contrairement à ce qu'un cardinal qui ferait bien de relire Vatican II vient récemment d'affirmer) ; c'est aussi la raison pour laquelle sa nomination dépend de l'Eglise, par le ministère du pape, même s'il est élu par un chapitre ou par le peuple. Et c'est aussi un chef d'équipe, secondé par des prêtres et des diacres, qui collaborent avec lui sous sa responsabilité pour que l'Eglise assure sa mission.
Il est intéressant de noter que dans cette perspective (voir la lettre à Timothée), rien n'oblige à choisir les évêques parmi les prêtres, même si c'est actuellement le cas systématique : n'importe quel laïc idoine pourrait être appelé, à la seule condition qu'il puisse être ordonné à l'épiscopat. Dans la primitive Eglise, le successeur d'un évêque était d'ailleurs souvent un diacre : voir la fiche "C'est quoi un diacre ?".
> remonter