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Le sacrement de l'ordre (3)
C'est quoi, un diacre ?

J'entends déjà les récriminations : "Vous n'avez vraiment pas le sens de la hierarchie ! Mettre les diacres avant les prêtres..." Evidemment, Lumen Gentium place les diacres "à l'échelon inférieur de la hierarchie" ; mais l'ecclésiologie que présente Vatican II a permis de dépasser ce genre de formulation qui date.
La 1ère lettre de saint Paul à Timothée, que j'ai citée le mois dernier, confirme que les diacres sont intimement liés aux évêques et qu'historiquement ils sont apparus avant ce que nous appelons maintenant les prêtres ; voici ce qu'elle nous apprend :
  "Les diacres doivent eux aussi mériter le respect, n'avoir qu'une parole, ne pas s'adonner à la boisson, refuser les profits malhonnêtes, garder le mystère de la foi dans une conscience pure. On les mettra d'abord à l'épreuve ; ensuite, s'il n'y a rien à leur reprocher, on les prendra comme diacres.
Pour les femmes, c'est la même chose : elles doivent mériter le respect, n'être pas médisantes, mais mesurées et fidèles en tout.
On choisira comme diacre l'époux d'une seule femme, un homme qui mène bien ses enfants et sa propre famille. Les diacres qui remplissent bien leur ministère sont très estimables et peuvent avoir beaucoup d'assurance grâce à leur foi au Christ Jésus."
(1Tm 3, 8-13)

Plusieurs constatations :
  • les diacres sont cités en lien direct avec les "épiscopes" : la hierarchie qui intercale les prêtres entre eux semble ne pas exister
  • Paul est moins exigeant envers les diacres qu'envers les "épiscopes"
  • en plus, il cite les femmes ! S'agit-il des épouses des diacres ou de femmes ordonnées ? Le texte n'est pas clair ; il précise quand même "On choisira comme diacre l'époux d'une seule femme, un homme...", mais on pourrait admettre qu'il s'agit de conditions pour l'appel d'un diacre masculin, les conditions pour un diacre féminin ayant été énoncées juste avant...
  • il semble néanmoins, même si ça doit raviver des polémiques, qu'il ait existé des femmes diacres (je n'aime pas le terme "diaconesse" qui dans ce contexte n'est pas valorisant), la conclusion de l'épitre aux Romains étant sans ambiguïté :    "... Phoiben ten adelphen èmon, ousan diakonon..." (Rm 16, 1) : on le traduit actuellement "Phébée notre sœur, ministre..." (traduction liturgique), mais si on veut être fidèle au texte, il faut accepter que "Phoiben ten adelhpen" est du féminin alors que "diakonon" est du masculin. Notre sœur Phœbé n'est pas un "simple" ministre, on ne peut pas traduire autrement que "notre sœur Phœbé, diacre..." sans trahir le texte, et peut-être l'histoire.
Quelles étaient les attributions des diacres, hommes et femmes, dans l'Eglise primitive ? L'origine de ce ministère est souvent cherchée dans la première crise sérieuse que traverse la communauté naissante (Ac 6, 1-6) :
  Comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque : ils trouvaient que, dans les secours distribués quotidiennement, les veuves de leur groupe étaient désavantagées.
Les Douze convoquèrent alors l'assemblée des disciples et ils leur dirent : « Il n'est pas normal que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des repas. Cherchez plutôt, frères, sept d'entre vous, qui soient des hommes estimés de tous, remplis d'Esprit Saint et de sagesse, et nous leur confierons cette tâche. Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole. »
La proposition plut à tout le monde, et l'on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d'Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un païen originaire d'Antioche converti au judaïsme. On les présenta aux Apôtres, et ceux-ci, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

Non seulement chargés du service des tables, les diacres apparaissent comme des auxiliaires des apôtres, qui assurent l'animation de la communauté grecque. Ainsi c'est un des leurs, Etienne, dont la parole forte est la cause de l'assassinat par les juifs ; un autre, Philippe, opère des conversions massives en Samarie où il baptise beaucoup de monde... Dans les premiers temps de l'Eglise, du moins dans les communautés pauliniennes, apparaît donc une organisation qui place en tête "l'épiscope", assisté d'un groupe de diacres, qui sont ses émissaires "sur le terrain", ses yeux et ses mains, ses relais pour l'animation des groupes plus éloignés... Ils sont évidemment chargés de l'animation de la charité, de la solidarité, de l'entraide, mais aussi de tout ce qui relève des finances. La plupart du temps, c'est un des diacres qui succède à l'évêque : ainsi Athanase à Alexandrie ou Grégoire le Grand à Rome..
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