Retour à l'accueil

[ Choisir une autre fiche ]
Les rites, un absolu ? (3)
Célébrer en vérité, ce n'est pas faire ensemble la même chose au même moment...

Des gestes habités ?
Quel que soit le geste qu'on fait, quelle que soit l'attitude qu'on adopte, il est essentiel qu'ils résultent d'une volonté réfléchie et pas d'une habitude ou d'un conformisme. Et nous aurons "bouclé la boucle" en revenant à notre exemple initial...
Pourquoi s'agenouiller pendant la prière eucharistique ou au moins pendant la consécration ? C'est une habitude assez récente, les églises anciennes ne comportaient ni bancs ni même chaises (au moyen-âge les cathédrales étaient même complètement vides, ce qui n'empêchait pas les fidèles d'y adopter toutes les attitudes possibles). Elle s'est imposée lentement à partir du concile de Trente, renforcée par le courant janséniste du 17ème siècle. Elle veut exprimer le profond respect que nous éprouvons en face du mystère célébré du don total du Christ. Elle est donc ainsi parfaitement respectable. Mais la posture "à genoux" a été pervertie par d'autres considérations : position d'humiliation d'un inférieur face à un supérieur, volonté de s'humilier devant Dieu comme pour l'amadouer. Or Dieu ne nous demande pas de tels sentiments, surtout pas quand il s'offre à nous dans l'expression d'un amour fou. Il ne se "vend" pas contre des humiliations, contre des agenouille- ments ou des génuflexions. Il nous aime, il nous relève. Le comportement du père dans la parabole "du fils prodigue" est admirable : son chenapan de fils, il ne lui laisse même pas le temps de s'humilier, il le couvre de baisers et de cadeaux et il fait la fête. Alors je comprends bien ceux et celles qui choisissent de rester debout face à ce Dieu qui les aime tant ! Si l'attitude debout n'est pas un geste de provocation ou de défi, si elle relève de cette autre forme de respect envers Dieu qui nous veut debout, prêts à partir à l'aventure, alors elle n'est pas moins respectueuse et donc respectable.
Nous sommes tous différents dans notre passé, dans notre édu- cation. Nous sommes invités à respecter Dieu chacun à notre manière, avec franchise et sincérité. Et la meilleure façon de le respecter, c'est de respecter les autres dans leurs manières de faire et d'être, même si nous ne les partageons pas. Admettons qu'être à genoux derrière un Rambo debout n'est pas confortable pour voir ce qui se passe : il y a alors la manière de demander un peu d'es- pace visuel... Le plus sûr, venez vous agenouiller au premier rang...
On pourrait en dire autant de bien des gestes qu'on fait ainsi par conformisme sans les habiter. Tout le monde ouvre les mains pour prier le Notre Père ? J'en fais autant. Pourquoi ? Je n'en sais rien mais je le fais quand même. Dommage !Tout le monde va communier ? Je le fais aussi. Pourquoi ? Je n'en sais rien mais je le fais quand même. Dommage ! Et quand on voit un enfant faire comme un miroir le signe de croix "à l'envers", on lui dit vivement "c'est pas comme ça !" comme si l'avenir de l'Eglise ou le salut de nos âmes en dépendait. Conformisme ? Les orthodoxes font bien le signe de croix de droite à gauche ! Je me souviens d'un prêtre vivement pris à partie à la sortie de la messe parce qu'il n'avait pas dit l'annonce de pardon avec les mots conformes... Libérons-nous du conformisme qui nous étouffe, posons des gestes, disons des paroles qui expriment la libération apportée par l'amour de Dieu ! Voilà autour de quoi il est important de manifester notre unité.
Nous sommes tous invités à participer chacun à notre manière à cette unité, sans avoir forcément à adopter toutes les attitudes du peuple qui célèbre. Le choix de nos positions revient à habiter nos gestes et relève de ce même respect envers le mystère que nous célébrons ensemble.
Si nos gestes et nos attitudes sont habités, si nous pénétrons leur signification, il n'est pas bien grave que nous ne fassions pas tous exactement le même : les rites, les gestes peuvent varier, une est l'Eglise qui célèbre, un est l'amour de Dieu.
> remonter