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Les rites, un absolu ? (2)
L'Eglise est une, les rites sont multiples

Un signe d'unité ?
Revenons au début du texte cité plus haut (Présentation générale du Missel Romain) :
"Les attitudes communes à observer par tous les participants sont un signe de l’unité des membres de la communauté chrétienne rassemblée dans la sainte Liturgie"
Cette proposition s'appuie sur un passage de la Constitution conciliaire sur la Liturgie (§ 21) :
"Pour que le peuple chrétien obtienne plus sûrement des grâces abondantes dans la liturgie, la sainte Mère Église veut travailler sérieusement à la restauration générale de la liturgie elle-même. Car celle-ci comporte une partie immuable, celle qui est d'institution divine, et des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent s'il s'y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées."
Et voilà bien un problème : discerner avec exactitude les "parties immuables d'institution divine" et les autres... Doit-on considérer que l'attitude commune de tous les participants en fait partie ? Au contraire, imposer une attitude corporelle commune qui n'est pas spontanément comprise ne semble pas faire relever de l'institution divine et semble s'opposer à d'autres passages de cette Constitution. Peut-on dire alors qu'elle est signe d'unité ? N'entrerait-elle pas, au-delà des préférences personnelles, dans "les éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie" ou dans les parties "devenues inadaptées" ?

Unité dans la diversité
On comprend que les multiples déchirures du Corps du Christ au cours des siècles fassent chercher à tout prix l'unité. Mais à quoi bon si elle doit être factice et se vivre dans une uniformité de façade ? On sait bien à quel point les célébrations orthodoxes sont variées et expressives sans que ça remette en cause l'unité profonde de ceux qui célèbrent. Qu'est-ce qui est important ? Que tout le monde soit assis, debout ou à genoux en même temps ? La récente autorisation d'utiliser le missel "de Jean XXIII", antérieur au concile et presque identique à celui de saint Pie V, devrait amener à relativiser. Sous prétexte que tout n'est pas identique, ne sommes-nous plus en unité ?
Plus encore, nul n'ignore que le rite dit "latin" n'a jamais été le seul en usage et ne l'est pas davantage actuellement, sous l'une ou l'autre variante. Plusieurs autres rites, certes limités à certains diocèses ou ordres religieux sont actuellement en vigueur (ambrosien, dominicain, cartusien, mozarabe, de Braga, sans parler des rites orientaux). En 1962, le cardinal Montini, futur Paul VI, a célébré devant les pères du Concile une messe en rite ambrosien (propre au diocèse de Milan) : on peut difficilement les soupçonner d'être infidèles à l'unité ! D'autres rites ont disparu au cours des siècles (gallican, lyonnais, cistercien, carmélite...)
Certes, l'attachement à un rite particulier a souvent été dans le passé attaché au refus d'accepter une nouveauté ou de se laisser intégrer dans un ensemble plus vaste, comme on l'a vu avec l'attachement au rite de saint Pie V, étendard d'un refus beaucoup plus général du concile Vatican II. Mais l'existence même de rites différents doit conduire à considérer avec plus de nuances les normes "immuables" de la PGMR.
Face à cette variété qui exprime la diversité du peuple de Dieu, l'attitude commune est-elle une nécessité pour exprimer son unité ?

Un peuple qui célèbre
Ce qui est vraiment important, me semble-t-il, ce n'est pas avant tout que tous les fidèles présents à la messe aient tous la même attitude au même moment, c'est plutôt qu'ils aient la conscience d'être ensemble un peuple rassemblé par l'Esprit autour de son sauveur pour la louange du Père. Sinon, ils "assistent" à la messe et ils auront beau avoir tous la même attitude, elle n'exprimera que le vide des cœurs. L'Eglise a toujours vécu la diversité pour exprimer la même foi. Evidemment cette diversité ne peut se manifester qu'à l'intérieur de limites qui lui donnent sens. J'en noterai deux :
* La conscience d'être un "peuple célébrant", que je viens d'évoquer. Elle implique que chacun se sente responsable de ce qui se célèbre et en particulier de l'importance de sa participation personnelle (c'est d'ailleurs un des enjeux majeurs de Vatican II), donc en particulier de soigner sa manière d'y être présent (contribution au chant de l'assemblée, comportement, attitudes, tenue...)
* La volonté d'entrer pleinement et sans réserve dans ce peuple. Elle implique la communion avec ses membres, sur le fond comme sur la forme, et donc la nécessité d'habiter ses gestes, pour ne pas se présenter comme un électron libre ou comme un provocateur gratuit.
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