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Les rites, un absolu ? (1)

Faut-il tous nous mettre assis, debout ou à genoux au même moment à la messe ? Faut-il impérativement faire le signe de croix dans le même sens ? Faut-il que les paroles du prêtre soient exactement celles qui sont prescrites ? Tous les rites de la messe sont-ils nécessaires à sa validité ? Qu'est-ce qui est le plus important ? L'esprit ou la lettre ?

Fait-divers
Nous sommes dans une église, quelque part. L'assemblée vient de chanter le Sanctus. Certains fidèles se sont agenouillés, d'autres sont restés debout. Parmi ceux-ci, un grand jeune homme qui se sent brusquement tiré par la veste et vigoureusement apostrophé par la personne derrière lui : "alors, tu vas te mettre à genoux ?" Le jeune homme n'en revient pas. Il en est encore tout secoué en racontant l'incident après la messe. Il est choqué de la violence du geste pour un motif qu'il ressent comme anodin. Il commente "je ne suis pas gros, s'il voulait voir, il n'avait pas besoin de beaucoup se pencher..." Plus choqué encore parce que son voisin de derrière était un séminariste...

Anodin ?
Evidemment, pour les accros de la PGMR (Présentation Générale du Missel Romain, texte général qui présente les règles à observer dans la célébration de la messe), la question est vite réglée. Nous lisons en effet aux § 42-43 : "[...] Les attitudes communes à observer par tous les participants sont un signe de l’unité des membres de la communauté chrétienne rassemblée dans la sainte Liturgie ; en effet, elles expriment et développent l´esprit et la sensibilité des participants. [...] Ils s´agenouilleront pour la consécration, à moins que leur état de santé, l´exiguïté des lieux ou le grand nombre des participants ou d´autres justes raisons ne s´y opposent. Ceux qui ne s’agenouillent pas pour la consécration feront une inclination profonde pendant que le prêtre fait la génuflexion après la consécration." Et pour enfoncer le clou, les mêmes paragraphes précisent non sans raison : "On devra donc être attentif aux normes de cette Présentation générale et à la pratique reçue du rite romain ainsi qu’au bien commun spirituel du peuple de Dieu, plutôt qu’à ses goûts personnels et à son propre jugement." On ne discute pas : pendant la consécration, on s'agenouille, qu'on soit d'accord ou pas, un point c'est tout.

Pas si simple !
Régler la question de manière aussi péremptoire ne serait pas respectueux pour la célébration et pas davantage pour la "tradition reçue du rite romain", et contreviendrait à l'esprit que cette présentation essaie justement de promouvoir. Je voudrais revenir sur le sens de certaines de ces recommandations du missel, à commencer par la dernière : On devra donc être attentif aux normes [...] plutôt qu’à ses goûts personnels et à son propre jugement. Il est évident que le bien commun passe avant les préférences personnelles. La célébration eucharistique n'est pas le lieu des affrontements de tendances ou des disputes entre courants. Pourtant les préférences personnelles ne sont pas absentes des normes. Les récentes instructions reflètent largement celles de Benoît XVI, qu'il avait exprimées quand il était encore connu sous le nom de Joseph Ratzinger, sans cacher que c'étaient bien des préférences personnelles, fussent-elles argumentées sur des références solides. Mais... On peut aussi trouver d'autres références tout aussi solides, qui justifient des comportements contraires aux normes actuelles. Lisons le canon 20 du concile de Nicée : [...] qu'il ne faut pas plier le genou aux jours de dimanche et au temps de la Pentecôte. Comme quelques-uns plient le genou le dimanche et aux jours du temps de la Pentecôte, le saint concile a décidé que, pour observer une règle uniforme dans tous les diocèses, tous adresseront leurs prières à Dieu en restant debout.
Les temps ont changé ? Sans doute, mais ça doit nous inciter à relativiser. Les 318 pères de Nicée étaient aussi "saints et inspirés de Dieu", comme le dit le préambule de la déclaration finale. Leur décision était aussi argumentée et réfléchie. et eux aussi veulent avoir "une règle uniforme dans tous les diocèses". Toute norme, même enracinée dans la Tradition et dans la Bible, est fragile et relative. Et donc à peine normative.
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