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Vatican II, une grande lumière
3. Une révolution tranquille mais profonde...

Dans la fiche n°2, je citais la constitution dogmatique sur l'Eglise, "Lumen Gentium". En la lisant, comme la plupart des documents conciliaires, on a l'impression que le langage de l'Eglise n'a pas changé. On y retrouve des formulations vieillottes ou obsolètes, des tournures surannées ou démodées, des expressions désuètes ou dépassées. Un langage qui n'est pas celui du monde moderne. Admettons pour ce qui est de l'expression, surtout traduite à partir du latin. Mais le contenu est une révolution : le Concile affirme avec assurance et sérénité des déclarations révolutionnaires. Loin d'une simple "mise à jour", d'un dépoussiérage, Vatican II se propose de ramener l'Eglise à la grandeur de sa Tradition primitive. Et c'est bien là l'incohérence des intégristes regroupés dans le sillage de Mgr Lefebvre (qui avait pourtant voté Lumen Gentium) : pour eux, l'Eglise de toujours ne remonte pas plus loin que le Concile de Trente. Leur fidélité au Christ ne dépasse pas le bout de leur nez, c'est ce qui est le plus triste.
Je ne reviens pas sur Lumen Gentium. Mais je voudrais citer quelques autres documents conciliaires dont on n'a pas fini d'exploiter à la fois la nouveauté et la fidélité au dépôt de la foi :
  • la Constitution Sacrosanctum Concilium a dépoussiéré la liturgie. Certains auraient voulu qu'elle reconnaisse davantage de souplesse aux communautés chrétiennes. Reconnaissons déjà que face à la rigidité de le liturgie du concile de Trente, le Concile a bouleversé la manière de concevoir notre prière commune.
    • Il affirme que ce n'est pas le prêtre qui "célèbre" la messe : c'est le Christ qui rassemble, et c'est l'assemblée tout entière qui célèbre. Le prêtre la préside au nom du Christ pasteur à qui il est configuré.
    • Il insiste sur la participation pleine et entière de l'assemblée, que personne n'a le droit de confisquer à son profit, aussi bien le prêtre que la chorale ou n'importe quel autre acteur de la liturgie.
    • Il a diversifié l'accès à la Bible en proposant l'accès aux quatre évangiles mais aussi très largement au Premier Testament.
    On peut regretter que les excès des uns ait provoqué les inquiétudes des autres et que le souffle soit largement retombé ; on se trouve de nouveau dans une situation de rubricisme qui limite trop la créativité et tend à revenir à des pratiques d'autrefois qui parlent encore moins au commun des non-pratiquants qu'il y a 50 ans... Quant à accuser la réforme liturgique d'être la cause de la désaffection pour la pratique dominicale, c'est à la limite de l'indécence : le problème est infiniment plus complexe !
  • la Constitution pastorale Gaudium et Spes sur l'Eglise dans le monde de ce temps : on peut lui reprocher aujourd'hui d'énoncer des principes très ancrés sur le monde tel qu'il était au moment du concile, et qui a fortement évolué depuis. C'est sans doute vrai, mais si cette Constitution ne peut plus être prise au pied de la lettre, elle a initié un nouveau regard : l'Eglise cesse de se méfier du monde, elle y est immergée comme le levain dans la pâte, elle s'intéresse au monde tel qu'il est et pas tel qu'elle le voudrait. C'est pourquoi l'engagement actuel contre le mariage homosexuel a quelque chose de dérisoire et de pitoyable : bien sûr que l'Eglise doit affirmer avec force son opposition à ce projet, mais elle ne doit pas s'hypnotiser sur son refus. Le monde n'attend peut-être rien d'elle, mais elle est appelée à une attitude pastorale qui tienne compte de ce monde, avec lucidité et sans peur. La première phrase de la Constitution est un appel pressant qui ne cesser de résonner et ne sera jamais démodé : "Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur." L'Eglise ne cessera jamais d'être dans le monde du temps présent.
  • la Constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation : moins connu du grand public, il porte sur la révélation un regard nouveau, rappelant qu'elle trouve sa perfection en Jésus-Christ mais qu'elle débute dès le Premier Testament, et que si elle est inspirée par l'Esprit Saint, elle passe par une parole d'hommes, légitimant l'exégèse et la critique littéraire. Elle redonne à la Bible sa place centrale, et elle recommande sa diffusion au monde entier.
  • la Déclaration Dignitatis Humanae sur la liberté religieuse a provoqué des débats mouvementés. Elle n'a été approuvée (à la quasi unanimité) qu'à la fin du concile. C'est l'un des textes les plus révolutionnaires, rompant avec une Eglise convaincue qu'elle était l'unique porte du salut, justifiant l'œcuménisme, reconnaissant la légitimité et la valeur des autres religions, invitant à la fois au dialogue inter-religieux et à l'évangélisation.
  • le Décret Ad Gentes sur l'activité missionnaire de l'Eglise, est aussi un texte majeur et peu connu : véritable charte de la doctrine sociale de l'Eglise et de l'évangélisation, elle insiste sur la nécessité de l'acculturation, reconnaissant la dignité de tout homme.
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