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Vatican II, une grande lumière
2. Un événement historique...

Pas seulement parce que c'était inattendu... Après avoir été réguliers pendant des siècles, les conciles semblaient passés de mode et avaient verrouillé toute velléité de réforme. Depuis le 16ème siècle, il ne s'en était tenu que trois : Latran V (1512-1517), Trente (1545-1563, en réaction à la Réforme protestante), Vatican I (1869-1870). Tous les trois ont voulu réaffirmer la primauté du pape sur les conciles, ce qui a donné lieu à une dépréciation de l'épiscopat, faisant du pape un super-évêque différent des autres. Le dernier en date, interrompu par la réunification de l'Italie et la disparition des Etats Pontificaux, n'a donné qu'un dogme mal expliqué et donc mal compris, celui de l'infaillibilité pontificale, alors qu'il avait prévu de nombreux chantiers qui n'ont jamais vu le jour. L'Eglise est ainsi entrée dans le 20ème siècle sur des fausses pistes, dont on commençait à mesurer les limites et les dangers. Il était essentiel de la replacer sur les rails de la Tradition. On a prêté à Pie XII l'idée de réunir un concile, mais ça ne concordait pas assez avec son tempérament autoritaire pour qu'il la concrétise. Face au bouillonnement d'idées, à l'accélération de la science et des techniques, le monde avait trop profondément changé. Un exemple impressionnant : premier vol d'un avion en 1890, Spoutnik I en 1957, Apollo XI en 1969 : ma grand-mère, née en 1892, a connu les premiers temps de l'aviation et l'homme sur la Lune...
La première nouveauté de Vatican II fut de cesser de diaboliser le monde et l'évolution moderne. L'Eglise ne pouvait pas rester une organisation aussi parfaite que ses membres étaient imparfaits, aussi monolithique qu'immuable. C'est au monde tel qu'il est et non pas tel qu'on l'idéalise qu'il faut s'adresser. Pour être fidèle à la Tradition héritée du Christ et des Apôtres, l'Eglise doit évoluer, fût-ce au prix de renoncements déchirants (et dans ce domaine, Vatican II n'est finalement pas allé très loin), comme les apôtres y ont été amenés. L'assemblée de Jérusalem, qu'on considère comme le premier concile, en est un exemple : les apôtres, sous l'influence de Paul et des pagano-chrétiens, acceptent de renoncer à la plus sacrée des coutumes juives, la circoncision.
Une deuxième originalité venait de la diversité des participants : 2500 évêques, du jamais vu (il y en a plus du double actuellement, mais ils étaient à peine 200 au concile de Trente), venant de toutes les parties du monde ; la plupart étaient d'origine occidentale, mais il y a eu de grandes figures qui ne l'étaient pas, comme le célèbre Helder Camara, ou ou comme l'arménien Gregor Aganianian, un des favoris du conclave de 1958, qui joua un rôle considérable pour promouvoir l'aggiornamento cher à Jean XXIII. Pour la première fois, des théologiens naguère encore à l'Index comme le père Congar, ont pris une part déterminante aux travaux, et des observateurs des autres communautés chrétiennes ont jeté les premières pierres d'un œcuménisme vécu.
Il s'agissait donc pour les évêques, sans renier les enseignements positifs des siècles qui avaient précédé, de faire revenir l'Eglise à son origine. La constitution dogmatique "Lumen Gentium" (les traditionnalistes qui prétendent que Vatican II était uniquement pastoral l'ont manifestement mal lu), un des textes majeurs du concile, replace le mystère de l'Eglise dans la plus grande tradition de l'Eglise : tous les chrétiens sont égaux en dignité, l'Eglise est le peuple de Dieu ; ceux que le sacrement de l'Ordre envoie à son service ne sont pas au-dessus, dotés de pouvoirs qui en feraient des surhommes, mais au milieu du peuple. L'Eglise est structurée par l'épiscopat, tous les évêques sont appelés à la diriger collégialement, sous l'autorité de l'évêque de Rome, qui est l'un d'eux et qui a la mission d'assurer la cohésion du corps épiscopal. Il faut bien reconnaître qu'on est loin de cet idéal ; le centralisme le la Curie qui ne veut pas perdre ses pouvoirs et la forte personnalité des derniers papes n'y sont pas étrangers. Il n'empêche que c'est cette constitution qui a ouvert la voie au renouveau de l'Eglise, en rappelant - c'est son titre - que le Christ est la lumière des nations, c'est-à-dire de tout homme et pas seulement des chrétiens. On tourne le dos au précepte "hors de l'Eglise, point de salut" : si l'Eglise est et reste la porte du salut, nul ne saurait en être exclu, il appartient à Dieu seul et pas à des initiatives humaines, aussi nobles fussent-elles. Cette perspective n'est même pas révolutionnaire, parce qu'elle s'inspire d'une encyclique de Pie XII : mais l'Eglise sort enfin d'une conception juridique et sociologique pour entrer dans une vision théologique et pastorale. Promulguée en 1964, elle a été approuvée par 2151 voix pour et 5 voix contre. Une majorité aussi écrasante ne peut être le résultat d'une manipulation, mais l'évidence du souffle de l'Esprit.
Un des écueils auquel les évêques n'ont pas été suffisamment attentifs est qu'il pouvait ne pas être naturel, même sous le souffle de l'Esprit, d'aller contre des caractères humains... Les prêtres n'ont pas tous de gaîté de cœur accepté que l'Eglise cesse de tourner autour d'eux, comme le stipulait le concile de Trente. La théologie n'a jamais affirmé au fond que l'évêque n'était qu'un super-prêtre qui a réussi sa carrière : avant Vatican II, l'évêque portait sous la chasuble une dalmatique (vêtement liturgique du diacre), pour exprimer qu'il avait la plénitude du sacerdoce ; mais dans les faits, bien des prêtres, qui sont d'abord ordonnés diacres, ont toujours du mal à accepter d'être des collaborateurs des évêques et pas le centre du monde (dans ce domaine, Benoît XVI ne les a pas aidés). J'en revois un, et pas un tradi, furieux contre les orientations du concile qui redonnaient son importance à l'épiscopat, et qui fulminait que lui aussi avait la plénitude du sacerdoce.
Parmi les avancées que le souffle de Lumen Gentium a suscitées, j'en citerai deux : Vatican II a su donner une place cohérente à Marie dans l'économie du salut, contrairement aux premières tentatives mariolâtres d'en faire l'égal du Christ, médiatrice et corédemptrice, ce qui aurait ruiné tout espoir d'œcuménisme ; c'est la première fois qu'un concile s'exprime autant sur ce sujet. Evidemment, vous me pardonnerez de considérer aussi qu'une des décisions majeures du concile est d'avoir restauré le diaconat comme ordre permanent, au service de l'épiscopat, de l'Eglise et du monde : un retour aux sources qui consitue une telle nouveauté qu'on n'a largement pas encore eu le temps d'en exprimer la richesse.
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