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Vatican II, une grande lumière
1. Souvenirs, souvenirs...

 J'étais un ado moyen, pas très intéressé par la religion... Mes parents étaient des catholiques engagés. J'ai grandi dans cette ambiance pas très épanouissante. J'étais préoccupé par l'enfer, par le péché irrémissible contre l'Esprit Saint qui me faisait très peur, confronté à un Dieu dangereux qui juge et qui punit. Une religion qui sentait l'encaustique des vieux bancs de l'église, où nous étions surveillés et fichés. J'ai fait une profession de foi sans contenu. Je n'étais pas loin de lâcher cette religion poussiéreuse.
 La même année, tout a basculé. Un pape "de transition", un conservateur sévère qui n'avait rien d'un farfelu, et pour moi, a posteriori, une première évidence et une véritable espérance : même un pape peut se convertir quand il ouvre ses fenêtres à l'Esprit Saint. Une bouffée d'oxygène qui m'a fait ouvrir les yeux.
 Quand on a annoncé l'ouverture d'un concile, je ne comprenais pas trop ce que c'était. Mes parents n'étaient pas fous de joie, au contraire un peu inquiets. Mais en observant ce qui s'est passé, j'ai vite été enthousiasmé. Ma conversion y a trouvé son origine, je le redis avec émotion.
 Cette longue introduction personnelle voudrait évoquer ce vent de Pentecôte qu'ont ressenti de nombreux jeunes maintenant sexa- génaires mais toujours jeunes : inutile de rêver tout de suite d'un nouveau concile, Vatican II a donné des moyens d'aborder les problèmes que nous rencontrons aujourd'hui. Vivons pleinement l'élan formidable qu'il a suscité : tout Vatican II, rien que Vatican II, pour reprendre une formule devenue classique mais restée frileuse et qui sent l'inquiétude face au souffle de Pentecôte qui avait ébranlé le Cénacle... on en est encore hélas encore loin, un demi-siècle après !
 Le concile est un événement pour plusieurs raisons. Après le ponti- ficat sévère de Pie XII, on sentait que le monde bouillonnait, l'Eglise ne pourrait pas rester à la traîne. Sa radicalisation dogmatique des siècles passés lui avait fait perdre la confiance d'une grande partie de la société ; si elle s'était poursuivie, elle risquait d'aboutir à sa marginalisation et à sa dépréciation. A cette époque, des initiatives missionnaires courageuses et novatrices comme les prêtres ouvriers sont condamnées sans appel, des théologiens inspirés, de Teilhard de Chardin à Yves Congar, sont condamnés sans appel . Mais le bouillonnement intellectuel, social et économique qui agite l'occident au cours de l'après-guerre et qui avait commencé bien auparavant a des conséquences dans le domaine religieux : l'action catholique, l'œcuménisme, le mouvement liturgique prennent de l'ampleur. Ce mouvement n'a évidemment pas produit que de bonnes choses, mais il a provoqué un renouveau où on peut voir la marque de l'Esprit.
 Pourtant le Concile commençait mal. La Curie romaine toute-puissante avait tout préparé, rédigé, noyauté. Les évêques n'avaient plus qu'à signer et le tour aurait été joué. Certes, ce matériel préparatoire n'était pas globalement mauvais, mais les évêques refusent de n'être qu'une chambre d'enregistrement. Dès la première réunion, des cardinaux (dont Achille Liénart, de Lille, et Joseph Frings, de Cologne), refusent la méthode de travail proposée par la Curie. Les évêques les suivent et décident à une écrasante majorité de se réunir par groupes nationaux et linguistiques. C'est une tempête qui illustre bien que l'Eglise ne doit pas seulement se dépoussiérer mais se renouveler en profondeur pour être fidèle à son fondateur...
 Le décès de Jean XXIII en juin 1963, juste après la première session, est un vrai séisme. Non seulement parce que le personnage avait su cultiver sa bonhommie (surtout depuis son élection), mais parce qu'une incertitude planait sur la poursuite du concile. Il me paraissait inconcevable que l'espoir qui naissait disparaisse aussitôt. Je me souviens d'avoir prié avec ferveur (ça ne m'arrivait plus beaucoup) pour que le concile se poursuive, d'autant plus que mes parents donnaient l'impression de souhaiter le contraire. L'élection du cardinal Montini et l'annonce de la poursuite du concile me sont apparus comme un signe évident que ce mouvement n'était pas une simple volonté humaine de se mettre à la remorque de l'évolution du monde, mais un appel de l'Esprit.
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