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La nudité est-elle une tenue comme les autres ? (1)

Drôle de question ! A vrai dire, elle ne me serait pas venue à l'idée si je ne l'avais pas trouvée sur le forum de Famille Chrétienne, où j'ai pu constater que depuis le livre de la Genèse elle n'avait pas fini de poser des problèmes et de faire dire des bêtises. Je suis bien conscient que je prends un risque : je peux m'attendre à une cascade de désinscriptions de la part d'abonnés qui n'apprécient pas d'aborder ce sujet, oubliant que Jean-Paul II l'a fait lui-même, en proposant une théologie du corps très audacieuse.
Certes, c'est une question complexe, car elle dépasse largement le contexte de la foi pour aborder des questions anthropologiques, avec leurs répercussions sociologiques et psychologiques. Il y a nudité et nudité : celle des relations sexuelles et celle du naturisme n'ont pas la même portée ni la même signification, et entre les deux on peut imaginer une grande diversité de situations. Je n'ai pas l'intention d'explorer ces domaines : je propose simplement d'observer ce que la Bible nous en dit. A chacun ensuite de choisir son comportement, fondé sur des bases fiables et sur une conscience éclairée par Dieu.
Il faut bien constater que la bible ne parle pas en général de la nudité en termes élogieux : à première vue elle serait synomyme de faiblesse, de honte, de déchéance, d'humiliation... Il est vrai que la nudité est aussi souvent un euphémisme pour désigner des relations sexuelles interdites. Quelques exemples :

  • "Aucun de vous ne s'approchera de sa proche parente pour en découvrir la nudité..." (Lv 18, 6-19)
  • "Je vais relever jusqu'à ton visage les pans de ta robe, montrer aux nations ta nudité, aux royaumes ton ignominie. (Na 3, 5b)
  • "Qu'elle écarte de sa face ses prostitutions, et d'entre ses seins ses adultères. Sinon je la déshabillerai toute nue et la mettrai comme au jour de sa naissance; je la rendrai pareille au désert, je la réduirai en terre aride, je la ferai mourir de soif... (Os 2, 4b-5a)

La tradition chrétienne en a rajouté plusieurs couches. Pensons à la légende de sainte Agnès, promenée nue dans les rues de Rome pour lui faire honte et dont les cheveux poussent pour la rhabiller... Une amie rencontrée ce matin à l'occasion d'un baptême que je célébrais m'a dit qu'elle appréciait l'ambiance détendue qui y règnait, rappelant une humiliation de son adolescence : le curé l'avait traitée de paienne parce qu'elle portait, comble de l'indécence, un chemisier à manches courtes... Etre nu en public, c'est bien pire ! Est-ce donc, en dehors de toute considération sociologique ou psychologique, une honte et un péché ?
Si j'en crois la Genèse, la réponse est claire, et ce n'est pas par hasard ou par négligence que je ne l'ai pas citée avec les extraits qui précèdent : elle porte sur la nudité un autre regard. Elle invite pour commencer à s'interroger sur ce que sont la pudeur et la décence. Les dictionnaires tournent en rond sur ce point, peinant à les définir de manière absolue, sans faire intervenir d'autres notions, et les enferment avant tout dans un comportement sociologique. La pudeur est la volonté de ne pas blesser, mais pas autrui, ce qui en ferait un sentiment noble ; c'est la volonté de ne pas blesser la décence, les convenances, c'est-à-dire un respect extérieur de conventions dont l'arbitraire ne se base pas avant tout sur l'humain mais sur des comportements codifiés. Vous penserez aussi sans doute que je tourne en rond moi aussi, il n'en est rien. La pudeur et la décence se basent sur un code moral, pas sur un absolu. Il est impossible de décréter de manière péremptoire qu'être nu est indécent, et tout autant qu'être habillé est forcément décent. La seule base défendable de notre comportement est donc le livre de la Genèse : "Tous les deux, l'homme et sa femme, étaient nus, et ils n'en éprouvaient aucune honte l'un devant l'autre." (Gn 2, 25). Donc ils étaient décents. Et il ne s'agit pas ici de nos lointains et hypothétiques premiers ancêtres Adam et Eve, car le texte original comporte des articles, ce ne sont donc pas des personnes précises, c'est toute l'humanité qui est ici évoquée. Pour les auteurs de la bible, il n'y a pas de doute : pour celui qui s'ouvre à l'amour de Dieu, la nudité est décente. Bien plus, le comble de l'indécence, c'est d'avoir peur de Dieu, de se cacher : c'est le comportement de l'homme et de la femme quand le péché a détérioré leur relation à Dieu. C'est sûr, la nudité n'est pas une tenue "comme les autres" : elle est celle de la pureté du regard et de la confiance en Dieu. Heureux les cœurs purs, ils n'auront pas peur de Dieu... Et la Genèse ne réduit pas la perspective à celle du couple et des relations conjugales : encore heureux que des époux puissent se regarder sans se faire honte ! La perspective est beaucoup plus large : c'est celle d'une humanité qui vivrait l'amitié de Dieu.
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