Retour à l'accueil

[ Choisir une autre fiche ]
Abraham et le "sacrifice" d'Isaac

Je mets intentionnellement le mot sacrifice entre guillemets car il est abigü. Certaines traditions l'ont abandonné : les juifs parlent de "ligature d'Isaac", car le mot hébreu n'est pas le même que celui qui désigne le sacrifice sanglant et notamment l'holocauste, mais il y a un affaiblissement car la notion de "sacrifice" n'est pas sans signification. C'est évidemment un passage difficile du livre de la Genèse (Gn 22, 1-19), qu'on hésiterait à raconter aux enfants, à juste raison si ça ne devait conduire qu'à leur faire peur ! Mais pour des parents, il est essentiel comme base de réflexion. Voici donc quelques points de repère :
  • Dieu peut-il avoir réellement demandé à Abraham de tuer son fils ?
    La réponse est clairement, indiscutablement NON ! Abraham, dans une foi balbutiante, peut l'avoir imaginé, avoir cru le comprendre. Mais Jésus nous a révélé que Dieu, parce qu'il est tout-puissant, ne peut vouloir que le bonheur des hommes, jamais leur mort. Un psaume rappelle "Il en coûte à Dieu de voir mourir les siens" (Ps 116-115). Il est inimaginable qu'il l'ait demandé.
  • Abraham s'est-il conformé à une coutume chaldéenne ancestrale ?
    Il semble bien qu'elle n'existait plus à son époque. Les sacrifices humains sanglants étaient abandonnés depuis longtemps (des sacrifices humains existaient encore, mais très différents). Par contre, à l'époque où est rédigé le livre de la Genèse, les pays cananéens connaissaient une recrudescence de sacrifices par le feu, notamment de premiers-nés, pour s'attirer les faveurs de Baal. Des rois de Juda (Manassé, Akhaz) ont sacrifié ainsi leurs enfants à Moloch (par exemple 2R 17, 17). Les rédacteurs de la bible affirment que ce n'est pas de cette manière que les juifs pourront exprimer qu'ils "craignent Dieu" : tout premier-né est consacré à Dieu mais, pour les vrais croyants, pas par la mort, c'est tout le sens du sacrifice pascal.
  • Tu ne m'as pas refusé ton fils :
    Dieu attend bien, d'Abraham comme de tous les parents, le sacrifice de son fils ! Mais pas un sacrifice sanglant. Le mot "sacrifice" ne contient d'ailleurs pas une mise à mort, il signifie "action sacrée". Comme le dit très justement Khalil Gibran (dans le Prophète), "vos enfants ne sont pas vos enfants". A partir du moment où nous leur avons donné la vie, nous n'avons sur eux aucun titre de propriété, aucun droit de revendication. Ils sont entre les mains de Dieu, et de Dieu seul. Ce que Dieu demande à Abraham, ce n'est pas de tuer son enfant mais de se sacrifier lui-même en le lui offrant sans réserve. Isaac n'est pas à lui, il est à Dieu. C'est vrai de tout enfant. Dieu nous appelle à nous "sacrifier" pour faire de notre enfant, de nous-mêmes et de la relation que nous avons avec lui une "action sacrée", de respecter sa liberté, de renoncer à toute forme de supériorité, de l'engendrer à lui-même et à son avenir. Il nous faut donner à nos enfants les moyens d'accéder à cette liberté et de s'y épanouir, accepter qu'ils puissent être heureux autrement que nous l'aurions imaginé pour eux.
  • Dieu seul "sacrifie" son Fils...
    Si Dieu ne demande pas l'impossible aux hommes, il est prêt, lui, à s'engager dans cette voie. Dieu est un volontaire de l'impossible, Jésus en est le signe vivant, pas seulement dans sa mort mais dans l'amour offert à travers toute sa vie. Il est "sacrifice", action sacrée d'un Dieu offert à l'humanité. Le Père n'envoie pas son Fils se faire tuer pour payer une ignoble rançon pour le salut des hommes. Il est sans cesse présent, entièrement engagé. Il est par excellence le Père qui se sacrifie pour donner la vie à ses enfants.
Dieu n'a jamais demandé à Abraham de tuer son fils. Il lui demande de l'envoyer dans une aventure dans laquelle il devra accepter de ne plus avoir de prise, de renoncer à toute prérogative, pour associer la liberté de son fils à l'amour de Dieu.
> remonter