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Le sacrement de l'ordre (5)
C'est quoi, un prêtre ?

Voici le dernier volet de cette exploration dans le monde du ministère ordonné, après les évêques et les diacres, voici les prêtres. Sans doute les mieux connus parce que les plus proches : mais le fait de les fréquenter régulièrement nous fait-il mieux connaître leur ministère ?
Le curé de la paroisse est rarement un inconnu. On retient de lui qu'il célèbre la messe le dimanche, plus forcément tous les jours, de temps en temps des baptêmes, des mariages ou des enterrements. On évoque avec une larme la diminution de leur nombre qui les contraint à desservir tellement de paroisses qu'on ne les voit plus. Et il ne manque pas de bonnes âmes, même chez les catho, pour penser que malgré ça, il ne se fatigue pas beaucoup à ne travailler que le week-end. Cette conception est une caricature malhonnête.
Des siècles d'habitude ont conduit à centrer le sacerdoce et le ministère sur le prêtre : en l'absence de diacres, il est l'homme de proximité, alors que l'évêque était un seigneur lointain à regarder avec respect. Le concile Vatican II a recentré le ministère sur l'évêque, successeur des apôtres ; les prêtres et les diacres sont ses collaborateurs. Il faut bien se rendre à l'évidence que l'Eglise ne se reconnaît pas encore massivement dans cette conception. Certes, elle remet en cause bien des symboles : le prêtre était regardé comme le pasteur, au-dessus du troupeau, figure du Christ dont il détient l'autorité ; Vatican II invite à voir en tous les hommes la famille de Dieu, le troupeau dont le seul pasteur est le Christ : aucun homme, qui qu'il soit, n'est en dehors et encore moins au-dessus du peuple. Mais il y a des fidèles chrétiens que l'Esprit et l'Eglise envoient au service du peuple : évêques, prêtres et diacres, ministres ordonnés. Comme les diacres sont appelés à incarner, au nom des évêques, la figure du Christ serviteur invitant toute l'Eglise à servir, les prêtres sont appelés à incarner, au nom des évêques, la figure du Christ pasteur invitant toute l'Eglise à se rassembler : "Soyez UN" (Jn 17).
Toute la mission des prêtres est donc là : rassembler, au nom des évêques, la partie du peuple de Dieu qui leur est confiée. Comme tous les baptisés, leur activité les engage dans la mission du Christ : prophètes, ils sont appelés à annoncer la parole de Dieu ; prêtres, ils sont les guides de la prière et les dispensateurs des sacrements ; rois, ils sont au service du peuple qui leur est confié. Mais plus que les autres, ils sont responsables : non pas détenteurs d'un pouvoir et d'une autorité qui leur permettrait de donner des ordres comme un supérieur hiérarchique ou un chef de service, mais appelés à "répondre" de leur mission devant celui qui la leur a donnée : ils ont à rendre des comptes.
Cantonner les prêtres à la liturgie, est donc réducteur (ça permet d'apprécier la profondeur chrétienne de politiques qui voudraient bien les enfermer dans les sacristies...). Le travail d'un prêtre est au milieu du peuple, dans d'innombrables rencontres qui les occupent à plein temps et où chaque chrétien est invité à l'assister, non pas parce qu'il n'y a plus assez de prêtres mais en vertu de son baptême. Il n'appartient pas au prêtre de tout faire, de tout décider, de tout commander. Il lui appartient de regrouper les fidèles, de les dynamiser, de les stimuler, pour que chacun prenne la place qui lui revient dans la mission de l'Eglise.
Guy Riobé (1991-1978), qui fut évêque d'Orléans, était un des prophètes de Vatican II et appelait à une Eglise du courage pour répondre aux défis du monde d'aujourd'hui. Il considérait que la raréfaction des prêtres était un chemin voulu par l'Esprit, pour inviter le peuple de Dieu à prendre ses responsabilités. C'est dans cette perspective que les prêtres mènent leur difficile travail pour que vive l'Eglise et pour qu'elle témoigne face au monde.
Historiquement, il est difficile de savoir quand la fonction de prêtre est apparue. Sans doute certaines communautés de l'Eglise primitive étaient dirigées par un collège d'anciens et non pas par un épiscope. Petit à petit, les deux réalités se sont rejointes : un évêque, assisté d'un collège d'anciens (c'est ce que signifie le mot grec presbyteros qui a donné prêtre) et de diacres au service du peuple de Dieu. Mais disposer de deux groupes de collaborateurs n'est pas sans danger : qui est le plus proche, le plus utile, le plus important ? Ces questions ont empoisonné le ministère (et elles ne sont pas absentes aujourd'hui, hélas...) : les rivalités, les jalousies si facilement humaines ont amené un groupe à vouloir dominer l'autre. Ainsi les prêtres ont-ils pris le pas sur les diacres qui n'étaient pas tous irréprochables. En même temps, la nécessité de présider le peuple de Dieu pour célébrer la parole et l'eucharistie ne pouvait plus reposer sur les évêques seuls, car les communautés augmentaient en nombre et en dispersion. Les mots paysan et païen viennent de la même racine latine (paganus), indiquant que les chrétiens se retrouvaient plutôt dans les villes ; mais quand, après l'effondrement de l'empire romain, le christianisme déborde dans les campagnes, c'est trop "pour un seul homme". Les missions des diacres les emmenaient sur d'autres terrains, ce sont naturellement les "anciens" qui ont célébré et présidé au nom des évêques...
Reste à évoquer deux questions actuelles, sans prendre parti ou relancer la controverse : le célibat des prêtres et l'ordination de femmes. Le célibat des évêques et des prêtres a des racines historiques :
> sociologiques : ne pas disperser des fonctions ou des charges qui risquaient d'être considérées comme des héritages à partager entre plusieurs enfants ;
> religieuses : le prêtre chrétien a fini par être assimilé au prêtre juif, alors qu'ils n'ont aucun rapport. Or les relations sexuelles sont interdites au prêtre juif dans la journée qui précède un sacrifice ; quand on a considéré que le prêtre chrétien "sacrifie" le Christ à l'occasion de l'eucharistie et qu'on s'est mis à célébrer la messe quotidienne, il devait observer une continence permanente... L'obligation du célibat est-elle encore justifiée ? On peut en douter, chacun se fera son opinion.
De même le sacerdoce doit-il s'ouvrir aux femmes ? Jusqu'à présent la réponse est un non catégorique qui repose sur des bases fragiles. Il faut reconnaître que malgré les apparences, Jean-Paul II a refusé de verrouiller définitivement la situation en en faisant un dogme, comme certains l'en pressaient.
Ainsi le prêtre doit être témoin dans le monde d'ajourd'hui, pas seulement suivant un modèle historique immuable... C'est un défi pour l'Eglise, avec l'aide de l'Esprit.
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