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Le sacrement de l'ordre (4)
Les diacres aujourd'hui

La restauration du diaconat comme ordre permanent décidée par le concile Vatican II n'avait pas pour but de recréer le ministère tel qu'il existait dans l'Eglise primitive. Le diaconat avait été imaginé à l'époque apostolique pour répondre à un besoin conjoncturel ; si l'intuition restait la même, y répondre au concile imposait de le mettre au service des besoins du 20ème siècle.
Le concile s'est logiquement basé sur le fondement de son époque : le diaconat était le niveau inférieur d'une hierarchie linéaire qui s'était imposée au cours des siècles. La constitution Lumen Gentium trace les grandes lignes :

    [...] les diacres [...] reçoivent l'imposition des mains "non en vue du sacerdoce, mais du ministère (du service, ndlr)". En effet, soutenus par la grâce sacramentelle, de concert avec l'évêque et son presbyterium, ils servent le Peuple de Dieu dans l'office liturgique, le ministère de la prédication, les secours de la charité. Il revient au diacre [...] d'administrer solennellement le baptême, de conserver et de distribuer l'Eucharistie, d'assister à un mariage et de le bénir au nom de l'Église, de porter le Viatique aux moribonds, de lire la sainte Ecriture aux fidèles, d'instruire et d'exhorter le peuple, de présider le culte et la prière des fidèles, d'administrer les sacramentaux, d'accomplir les rites des funérailles et de la sépulture. (Lumen Gentium 29)

Les missions sont donc extrêmement variées : les diacres sont chargés de donner corps à la diaconie de l'Eglise, non pas pour s'en approprier le monopole, mais pour y engager toute l'Eglise et pour rappeler à tous les chrétiens (y compris les autres ministres ordonnés), que chacun est appelé à s'y engager et que l'Eglise toute entière doit être servante.
Et le concile précise une originalité qui montre bien qu'il conçoit le rétablissement du diaconat comme une réponse à des situations nouvelles :

    Aujourd'hui, cependant, ces offices extrêmement nécessaires à la vie de l'Église, peuvent difficilement s'exercer dans la discipline de l'Église latine telle qu'elle existe en de nombreuses régions ; le diaconat pourra donc à l'avenir être rétabli comme degré distinct et permanent de la hiérarchie. [...] Avec le consentement du Pontife romain, ce diaconat pourra être conféré à des hommes d'âge mûr, même s'ils vivent dans le mariage, et aussi à des jeunes hommes jugés aptes à cette fonction, la loi du célibat demeurant pour eux en vigueur. (Lumen Gentium 29)

Aujourd'hui, les diacres sont plus de 2100 en France (pour quelque 24 000 prêtres) ; plus de 90% sont mariés et pères de famille. La plupart exercent une profession (42% sont retraités). Les premiers champs d'action des diacres sont donc le milieu familial et professionnel ; ils s'engagent aussi là où l'Eglise est appelée à servir les hommes dans leur pauvreté (domaines social, santé, incroyance...) ; ils peuvent ainsi être aumôniers d'hôpital ou de prison, engagés dans la pastorale des migrants, l'évangélisation ou le dialogue interreligieux. Ils s'engagent aussi dans l'Eglise, dont ils peuvent animer les services à plusieurs niveaux, de la paroisse au diocèse : ainsi, dans le diocèse de Strasbourg, le service de la Pastorale des Familles est dirigé par un diacre, dont votre serviteur est le collaborateur direct.
Pourquoi le diaconat a-t-il été oublié pendant des siècles ? Pour des questions de gros sous et de jalousies, hélas. Les diacres, qui géraient la charité de l'Eglise, avaient d'importantes responsabilités et bien des prérogatives : certains en ont hélas abusé. Parallèlement, le presbytérat a dévié : initialement, c'était un collège de conseillers de l'évêque, des anciens qui l'assistaient dans le gouvernement du diocèse ; puis le terme de prêtre a retrouvé l'aspect sacrificiel du judaïsme et l'extension des diocèses a conduit les évêques à leur déléguer la célébration eucharistique. Il y a eu des luttes d'influence entre prêtres et diacres, l'influence prépondérante de l'aspect cultuel a donné l'avantage aux premiers, pendant que le service de la charité glissait peu à peu vers les congrégations religieuses. Ainsi le diaconat s'est-il trouvé vidé de sa substance, au grand dommage de l'Eglise. Les futurs prêtres étaient ordonnés diacres et le restent encore un an en général sans avoir la moindre conscience de l'avoir été.
L'Eglise redécouvre une richesse qu'elle avait oubliée, pour restaurer son engagement au service des hommes de ce temps. Elle n'est jamais à l'abri des déviances, des jalousies, des rivalités. Mais ce ne sont plus que des questions de personnes isolées : l'intuition des apôtres peut vraiment refleurir...

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