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L'Immaculée Conception de Marie (3)
La conception virginale de Jésus

Redisons-le : l'Immaculée Conception de Marie ne concerne pas directement la naissance elle-même de Jésus. Marie est "immaculée" par la volonté de Dieu qui a voulu que celle de Marie s'unisse à la sienne sans rencontrer d'obstacle, pas parce qu'elle est restée vierge. Il est bon de reprendre quelques points de repère :
  • L'humanité est digne de Dieu parce que c'est sa volonté : l'homme a été créé forcément "un peu moindre qu'un dieu" comme le chante le psaume 8, forcément bien moindre que Dieu, mais ce n'est pas péjoratif. Il a été créé au sommet de l'univers, grand, capable d'aimer et de créer, partenaire de l'amour de Dieu. Même le péché ne rompt pas l'amour que Dieu porte à l'humanité.
  • L'amour de Dieu n'a pas un "avant" et un "après" par rapport à Pâques : il est le même, de toujours à toujours. La rédemption ne "commence" pas au don de sa vie consenti par Jésus ni à sa résurrection : ce qui est un événement situé à un moment précis de l'histoire de la création a un effet sur toute son étendue, même avant, d'une certaine manière par avance. Quand Paul affirme "votre corps est un temple de l'Esprit", ce n'est pas une nouveauté, c'est vrai depuis toujours, mais l'homme ne le savait pas : Jésus nous le révèle.
  • L'humanité est digne, malgré son péché, de porter le don de Dieu. Marie était digne de donner naissance à Dieu : elle n'avait pas à être purifiée d'une souillure. Jésus nous a fait sortir de cette conception juive étroite d'une pureté légaliste. Le péché ne fait obstacle à l'action de Dieu en nous que quand nous nous y enfermons et que par conséquent nous fermons la porte à Dieu.
  • Pensons que quand nous disons à la messe avant de communier "Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir", nous énonçons une évidence (sauf peut-être pour nous...) ; mais quand nous demandons "dis seulement une parole et je serai guéri", nous ne sommes pas en attente que cette parole vienne : elle est dite, c'est Jésus, unique Parole du Père, rédemption offerte et définitive.
Que retenir alors de la conception et de la naissance de Jésus ?
  • La sexualité humaine n'est pas un état d'infériorité dû au péché et son exercice n'a rien de déshonorant ni de dégradant : elle a été voulue par Dieu. La bible elle-même l'affirme dès les premières pages : "il les créa homme et femme" (Gn 1,27) ; "il n'est pas bon que l'homme soit seul" (Gn 2, 18) ; "l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un" (Gn 2,24)
  • La virginité n'est donc pas un état supérieur qui nous rapprocherait de Dieu à travers une ascèse et un renoncement. Cette opinion, largement véhiculée par Saint Paul, est héritée d'une conception grecque de la sexualité, qui voit dans le corps "le tombeau de l'âme", complètement opposée à celle du judaïsme. Ainsi, elle était inconcevable pour une femme juive : c'est à travers la maternité qu'une femme se révèle et entre pleinement en résonnance avec le projet de Dieu. La refuser aurait été une insulte à Dieu, un blasphème.
  • L'évangile nous apprend que la naissance de Jésus ne doit rien à une intervention humaine, non pas parce qu'elle serait dévalorisante mais pour montrer que c'est Dieu qui a l'initiative. La naissance de Jésus est due à l'Esprit et à la disponibilité de Marie que rien n'entravait. La virginité de Marie n'est donc pas avant tout une question sexuelle, mais l'expression du don de soi librement consenti. Le même que celui des époux dans le mariage.
Ne nous laissons pas enfermer dans les représentations terre à terre, trop anthropomorphiques, qui nous masquent la profondeur de la réalité et du don de Dieu. L'explication "naturaliste" affaiblit le mystère d'un Dieu qui se donne pour mener l'homme et toute la création à sa perfection. La conception virginale de Jésus en Marie nous dit simplement que l'amour de Dieu garde toujours le premier et de dernier mot.
En conclusion : si Marie était un personnage hors du commun, elle perdrait ce qui nous attire vers elle : elle est une femme pétrie de la même humanité que la première femme de la création, que la tradition appelle Eve. Elle aussi avait été créée dans le même état "immaculé", tout entière marquée de l'amour de Dieu. Ça ne l'a pas empêché de le rejeter, de se laisser aller au péché. L'état immaculé de Marie n'était pas une glorieuse prérogative personnelle qui l'aurait mise à l'abri du péché et aurait d'une certaine manière annulé sa liberté en la dispensant de vivre : c'est le don de Dieu, qu'il offre à chacun, promesse de vie éternelle.
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