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L'Immaculée Conception de Marie (2)

Rappelons le dogme de l'Immaculée Conception de Marie et essayons de comprendre en profondeur :« Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu’ainsi elle doit être crue fermement, et constamment par tous les fidèles. »
  • le pape prend acte d'une doctrine qui est déjà répandue dans l'Eglise et qui (nous l'avons vu le mois dernier) a fini par faire consensus et par s'imposer, fût-ce difficilement et au prix de bien des controverses ; avant même que l'infaillibilité pontificale soit définie par le concile Vatican I, il exprime exactement l'infaillibilité de l'Eglise, dans le souffle de l'Esprit qui l'assiste.
  • il la considère comme révélée par Dieu, ce qui est plus discutable puisqu'elle ne s'appuie directement sur aucun texte sacré mais uniquement sur des traditions, pas forcément très anciennes mais discutées.
  • il exprime, avec le vocabulaire traditionnel de l'Eglise, une vérité de foi qu'il est bon de pouvoir réexprimer pour intégrer sa signification réelle et qui permet de comprendre le rôle original de Marie dans le plan de Dieu. Essayons d'y voir clair :
    • "au premier instant de sa conception" : Marie est marquée du don de Dieu dans la totalité de son être. Elle est choisie hors du temps, pour lui permettre non pas d'être une superwoman de la foi, mais au contraire d'être pleinement humaine et donc tournée vers Dieu sans aucun handicap. Elle n'est pas prédestinée, sa liberté n'est pas affectée : elle s'exerce au contraire totalement mais rien ne l'influence contre Dieu.
    • "par une grâce et une faveur singulière" : c'est en ce sens que Marie est exceptionnelle ; elle n'a aucun mérite personnel, elle reçoit la grâce de Dieu et l'enracine en elle.
    • "préservée intacte de toute souillure du péché originel" : le mot "souillure" est sans doute un peu fort, mais il n'en reste pas moins vrai que notre humanité est marquée par le mauvais usage de la liberté qui nous conduit à refuser de prendre notre place dans le projet de Dieu et à ne suivre que nos propres entreprises. C'est une faiblesse qui nous handicape grandement : ce n'est pas un péché dont nous serions marqués dès notre conception et nous condamnerait à la damnation éternelle si nous n'étions pas baptisés ; l'abandon officiel de la croyance aux "limbes" qui accueilleraient les enfants innocents-coupables morts sans baptême en est une confirmation. Il y a quelques années, j'avais été invité à présenter cette question à un groupe de jeunes adultes ; j'ai eu des discussions homériques avec une autre intervenante que je connaissais par ailleurs et qui prévoyait d'exposer à ces jeunes que chaque humain reçoit à sa naissance la marque du diable qui l'empêche d'être en communion avec Dieu : je m'élève contre cette conception du péché originel qui ferait de nous des esclaves du mal ! Il n'en reste pas moins vrai que l'action de l'esprit du mal détériore notre communion avec Dieu, et pas contre notre gré ; mais il est vrai aussi que notre humanité est et reste voulue à l'image de Dieu. Marie est l'exemple d'une humanité que rien de détériore et qui entre de plain pied dans le projet de Dieu.
  • Est-ce à dire pour autant que Marie n'aurait jamais péché ? Le dogme ne le dit pas. Mais divers indices pourraient le confirmer : le péché n'étant pas avant tout un acte mais un état d'esprit qui nous pousse au refus du projet d'amour de Dieu, il est favorisé par la faiblesse et l'influence du mal que nous appelons "péché originel" ; Marie était présevée de cette faiblesse et aucune influence ne pouvait la pousser à ce refus. Mais elle restait pleinement libre : rien ne l'empêchait objectivement d'exercer sa liberté. On peut néanmoins penser que la croyance dans son assomption est aussi un indice d'une vie tout entière tournée vers Dieu. Il n'en reste pas moins des objections plutôt d'ordre philosophique : si pour être sans péché, il suffit d'être préservé du péché originel, pourquoi Dieu continue-t-il à faire peser sur l'humanité cette malédiction dont elle n'est pas responsable, par une espèce de solidarité involontaire avec un premier péché ? Et alors quelle originalité présente Jésus face à une mère qui serait en tout point exemplaire ? Son humanité serait alors tellement contaminée par sa divinité pour le démarquer de sa mère qu'elle en serait dévalorisée !
  • C'est ainsi que Marie chemine dans son enfance, prenant conscience lentement du projet de Dieu pour elle : lente maturation comme celle d'une plante jusqu'au moment où elle fait éclore une fleur et peut fructifier. Les traditions sur la virginité perpétuelle de Marie reposent sur des écrits apocryphes dont l'Eglise n'a jamais reconnu le caractère inspiré par Dieu mais qui ont malencontreusement inspiré de travers des générations de chrétiens en recherche... et l'Eglise elle-même. L'épanouissement d'une femme juive était la maternité, bénédiction de Dieu, tout le Premier Testament le confirme. Le refuser par un vœu de virginité allait à l'encontre de projet de Dieu, difficilement explicable pour une femme préservée du péché originel...
  • Ainsi Marie se trouve-t-elle un jour consciemment en face de l'appel de Dieu : c'est ce que nous appelons l'annonciation. Ce n'est pas le moment de l'information, comme si elle ne s'était douté de rien, c'est celui de la réponse : "je suis la servante du Seigneur". Rien en Marie ne venait altérer la confiance en Dieu, sa liberté s'exerce sans entrave et la fait entrer dans le mystère de la naissance de Dieu parmi les hommes. Au contraire de Zacharie qui espérait un enfant mais n'y croit pas, englué dans ses connaisances et son humanité, elle ne demande pas une justification mais une explication qui ne s'apparente pas au "pas possible !" incrédule de Zacharie mais plutôt demande "je suis d'accord, comment dois-je faire ?"

Reste un point sur lequel nous reviendrons : ce n'est pas pour rendre l'humanité de Marie "digne" de recevoir la présence de Dieu qu'elle est "immaculée", préservée d'une "souillure" ; notre humanité est digne de recevoir la présence de Dieu puisque, même dans notre imperfection, il fait de nous des temples de l'Esprit et des réceptacles de sa présence eucharistique.
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