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Tradition, coutumes, histoire et foi : parole d'évangile ?

"Parole d'évangile"... le langage courant utilise cette locution pour évoquer une vérité indiscutable... c'est aussi un moyen commode mais pas très honnête d'éluder une discussion quand on n'est pas très sûr de soi... et si c'est pour évacuer une question embarrassante d'un enfant, pardonnez-moi de vous le dire, ce serait franchement malhonnête.

Un évangile ou quatre évangiles ?
Ce n'est pas un scoop, il semble y avoir quatre évangiles. Pourquoi "il semble" ? Parce que le terme d'évangile est lui-même utilisé de manière ambigüe. Il vient du grec qu'on peut traduire comme "bonne nouvelle" : on y retrouve la racine angelos qui évoque un message de Dieu aux hommes. En toute rigueur, il n'y a qu'un seul évangile, puisqu'il n'y a qu'une seule Parole de Dieu, Jésus le Christ. Les quatre livres couramment appelés "évangiles", dus à Matthieu, Marc, Luc et Jean ne sont que quatre versions du même évangile. Les différences qu'ils présentent sont l'expression de leurs subjectivités, de leurs personnalités, de leurs observations, de leurs choix. Ne nous trompons pas de religion : la bible d'une manière générale est une parole inspirée ; elle est Parole de Dieu exprimée et rédigée par des hommes, contrairement au Coran qui est une parole révélée, écrite par Mahomet sous la dictée de l'ange Gabriel. Il y a un évangile et quatre évangélistes qui nous livrent chacun des facettes de la Parole de Dieu.

Et les différences ?
Certes les quatre évangélistes donnent des versions parfois divergentes. Mais qu'est-ce qui diverge ? La Parole de Dieu, le cœur de leur message, ne change pas : c'est lui qui fonde notre foi. C'est ce qu'exprime l'évangile selon Saint Jean (Jn 20, 30-31) :"Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom." (c'est nous qui soulignons) Ce qui change, c'est le récit du contexte, des faits : les évangélistes n'ont pas choisi les mêmes événements, ils ne les ont pas organisés de la même manière, dans le même ordre, dans les mêmes endroits. Ce n'était pas leur but de nous faire un reportage des faits et gestes de Jésus, d'autant moins que leurs livres ont été écrits entre 70 et 95, soit au moins une quarantaine d'années après les faits. Qui d'entre nous serait capable de raconter un événement vieux de 40 ans sans modifier quoi que ce soit dans sa trame ? Les "quatre évangiles" ne sont donc "parole de'évangile" que quand ils nous disent une parole de la part de Dieu, pas lorsqu'ils semblent nous raconter la vie de Jésus.

Où tout se complique...
Les évangiles ont été écrits en grec ; et la langue biblique est celle d'une époque et d'une tradition précises. La traduction en français comporte inévitablement une part d'interprétation qui ne peut être l'affaire que de spécialistes. Mais même la compréhension des événements nécessite de connaître les usages, les coutumes, les traditions, les conditions politiques, sociales et économiques de l'époque, faute de quoi les contresens sont faciles. Pire encore, si l'Eglise a retenu quatre livres comme inspirés pour dire l'unique Evangile, ils sont bien plus nombreux à s'y être essayés et leurs écrits nous sont partiellement parvenus. Ces écrits qui, au sens propre du terme, ne sont pas "parole d'évangile", comportent néanmoins des traditions auxquelles nous donnons facilement une importance exagérée voire démesurée face à la vérité de l'évangile. Souvent de simples détails sans intérêt (par exemple la présence du bœuf et de l'âne dans la crêche, extraite du "protévangile de Jacques", un de ces textes dits apocryphes), mais qui finissent par masquer l'essentiel. Une théologie hésitante au cours des siècles ou une méconnaissance du contexte historique ont conduit à majorer l'importance de détails improbables sinon invraisemblables en face de la vérité de la parole de Dieu, et d'en faire quasiment des articles de foi.

Dangers de la tradition
Dangers parce qu'il y a traditions et Tradition. Le magistère de l'Eglise a pour mission de dire la "Tradition" mais elle n'aura jamais la force de l'Ecriture, même si les ministres ordonnés sont assistés par l'Esprit Saint. Il est arrivé à des hommes d'Eglise par ailleurs intelligents et honnêtes de dire des bêtises. La grandeur de l'Eglise des générations suivantes et de le reconnaître et de rectifier la vérité. Mais c'est difficile quand des traditions sont venues se greffer sur ces erreurs et ont fleuri dans l'inconscient collectif ou personnel des chrétiens, car rétablir la vérité devient une agression. Ainsi ce sont ceux qui sont le plus attachés à ces traditions et qui ne connaissent pas bien l'Evangile qui crient le plus fort que ceux qui proposent de ne rien lire d'autre que le texte évangélique lui-même n'y sont pas fidèles : ça arrive par exemple tous les ans à l'occasion de Noël...

S'ouvrir à la Parole de Dieu
C'est elle et elle seule qui mérite d'être écoutée. Il faut l'accepter avec foi et honnêteté. La Tradition de l'Eglise doit aider à la comprendre, en dépoussiérer l'expression et l'adapter à chaque époque, mais cette Parole est intangible. Elle n'est pas un simple récit, elle est quelqu'un. Pas des récits et des traditions, pas des légendes ou de belles histoires, opium du peuple pour lui éviter de prendre sa vie en mains, mais un homme, Jésus de Nazareth. Et cet homme, c'est Dieu.
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