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Vous êtes la lumière du monde

Cette phrase de Jésus (Mt 5, 14) est non seulement archiconnue mais aussi sans doute mal comprise. Nous limitons sa portée à l'idée que nous serions un phare pour éclairer le monde. Or le texte de l'évangile va beaucoup plus loin : en grec "este ti phos tou cosmou" signifie littéralement "vous êtes la lumière du cosmos", c'est-à-dire de la création, de l'univers organisé.
Revenons à la Bible (Gn 1, 1-5) :
"Lorsque Dieu commença la création du ciel et de la terre, la terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l'abîme ; le souffle de Dieu planait à la surface des eaux, et Dieu dit : "Que la lumière soit !". Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne. Dieu sépara la lumière de la ténèbre. Dieu appela la lumière "jour" et la ténèbre il l'appela "nuit".
L'alternance des jours et des nuits est sans doute la première constante de la terre. Bien avant qu'existe la vie, bien avant que coule l'eau dans les rivières, bien avant que la surface de la terre soit constituée de roches solides... dès les premiers instants de cette boule incandescente arrachée à son étoile... il y eut un soir, il y eut un matin, et se succédèrent les jours.
Les hébreux, comme bien d'autres avant eux, se sont préoccupés de cette dualité, dont ils ont fait la manifestation la plus éclatante de la splendeur de leur Dieu. Les auteurs du livre de la Genèse n'avaient évidemment pas la moindre idée de l'origine concrète de l'univers. Nous-mêmes, malgré les progrès de la science moderne, nous en sommes encore réduits aux hypothèses. Et pourtant, ils ont une intuition que les scientifiques n'ont jamais démentie : la création commence avec la lumière. A partir de là, l'acte créateur de Dieu consiste à organiser, à classer. La lumière et les ténèbres, les eaux d'en haut et les eaux d'en bas, les mers et les continents. Ainsi le désordre originel, chaos, tohu-bohu, devient-il la merveille d'organisation de l'univers, ce qu'expriment le grec cosmos et sa traduction via le latin, "monde". Et Dieu vit que cela était bon...
La vie est rythmée par l'alternance régulière de la lumière et des ténèbres. Il serait maladroit, si on veut parler de la lumière, de la considérer seule, sans son antonyme des ténèbres. L'un n'existe pas sans l'autre. Même si le mot "lumière" est davantage cité dans la bible que le mot "ténèbres" (225 fois contre 152, à quoi il faudrait d'ailleurs ajouter des mots analogiques), l'immense majorité des emplois bibliques de la lumière évoquent au moins implicitement son contraire. La lumière est rarement un acquis, elle advient, elle se construit, elle s'obtient, mais elle est fragile. Elle est, comme toute la création, une évolution, un devenir. Pour décrire la "naissance" de la création, la Genèse n'évoque pas simplement l'instant d'une naissance, mais la dynamique d'un départ, d'une histoire, d'une évolution. L'évocation de la lumière nous rappelle donc :
  • Première des créatures, la lumière est une caractéristique de Dieu
  • Elle est un don de Dieu fait aux hommes, mais l'humanité tend vers elle. Elle est proposition, appel, chemin, que les hommes acceptent plus ou moins bien
  • Elle désigne certes la lumière du jour, mais aussi symboliquement la lumière intérieure, la paix et la joie :
  • Enfin elle est cadeau, don gratuit fait à tous les hommes sans distinction
Mais si la lumière est inséparable des ténèbres qu'elle tend toujours à anéantir, il ne faudrait pas verser dans un dualisme manichéen. La lutte de la lumière contre les ténèbres n'est incertaine que dans le cœur de l'homme. Même si les ténèbres paraissent parfois l'emporter, ce n'est que provisoire : car la lumière est émanation de Dieu, elle a déjà remporté définitivement la victoire. Elle est le premier mot de Dieu, elle est aussi sa dernière et définitive parole : en lui il n'y aura plus besoin de soleil.
La création est appelée à vivre dans la lumière. Mais l'homme est invité à prendre une part active, non seulement en l'accueillant, mais aussi en la rayonnant. Quand Jésus affirme "Vous êtes la lumière du monde", il ne s'agit du soleil ni d'un phare, mais de cette lumière-là, celle du cosmos, la lumière divine de la création. Et Jésus n'appelle pas ses disciples à faire effort pour le devenir, il le leur affirme comme un fait, un présent appelé à durer dans le temps : "Vous, vous êtes la lumière du cosmos". La première-née des créatures, la lumière qui a éclaté au premier instant du monde, présence de Dieu que nul homme n'a pu voir, ne la cherchons pas dans des symboles ni dans des évocations, c'est nous ! Quelle énorme responsabilité, mais quelle formidable preuve de la confiance de Dieu envers nous !
Si les chrétiens ne sont pas lumineux, le monde sera dans les ténèbres. Dieu nous donne sa lumière, mais dans le monde, il n'a pas d'autre lumière que nous, lumière de Dieu !
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