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La fin du monde est-elle pour demain ?

Les enfants, dit-on, adorent se faire peur ! Les adultes apparamment aussi. La question de la fin du monde traîne depuis l'aube des siècles dans l'inconscient collectif. Elle s'enracine aujourd'hui souvent dans des prophéties sorties de leur contexte ou montées de toutes pièces ou dans des textes bibliques mal compris. Elle a donné naissance à la "peur de l'an mil" (à cause des mille ans de l'Apocalypse), et sur un registre plus amusant au "bug de l'an 2000" (mais ne rigolez pas, bien des gens ont rallumé leur ordinateur avec soulagement ce matin-là...). Elle a donné lieu aux "prophéties" de Nostradamus, et je m'amuse souvent de voir un de ses poèmes décortiqués par des spécialistes qui tentent de convaincre que c'est évident qu'il faisait allusion à un fait récent. Evident et clair comme du jus de chaussette, bon pour les crédules, pardonnez-moi si vous y croyez... La fameuse "prophétie de Malachie" qui présente la suite des papes, et où on a essayé laborieusement d'interpréter les devises pour bien montrer que c'était du sérieux, annonce que Benoît XVI serait l'avant-dernier pape (mais quel rapport avec la "gloire de l'olive" ? nul doute que les spécialistes vont trouver quelque chose) et que son successeur s'appellerait Pierre et serait, dans une période de terrible tribulation, le point final de la papauté sinon de l'Eglise et même du monde.
Plus récemment, l'apparition de la planète Nibiru au cinéma en a rajouté une couche : inobservable par les astronomes qui sont bêtement scientifiques mais bien connue des mayas qui avaient tout calculé, elle viendra percuter la terre et provoquer l'apocalypse en 2012. C'est demain et c'est surtout une aubaine pour les cinéastes qui peuvent reconstituer des effondrements de gratte-ciels sans y voir le spectre d'Al Qaïda, comme si on avait besoin pour ça de dégoter des planètes au fin fond du cosmos : inutile d'imaginer des scénarios incroyables, pour la fin du monde, l'humanté est parfaitement capable de faire péter la planète sans aide extérieure ! L'échec de la conférence de Copenhague sur le climat est bien plus inquiétant que toutes les planètes perdues ou toutes les prophéties de Nostradamus. Mais peut-être l'avait-il déjà annoncé, allez savoir !
Soyons sérieux ! Certes, l'évangile, surtout à la fin de l'année liturgique, semble donner une large part à des prophéties de fin du monde. Mais en fait ce ne sont pas des prédictions mais des évocations, dans un style qu'on appelle apocalyptique, en référence au dernier livre de la bible. Elles n'ont pas pour but de nous donner un aperçu du futur mais une Parole de la part de Dieu. Elles ne nous annoncent pas quand ni comment sera la fin du monde : elles veulent nous rendre attentifs à son caractère inéluctable, sans nous faire peur avec elle : l'important n'est pas de prévenir une éventuelle et hypothétique fin du monde, c'est de vivre au présent. Elles ne comportent pas de menaces et si nous avons perdu les clefs de ce langage codé, il ne trompait personne au temps du Christ. C'est, au sens strict du terme, une "façon de parler". Personne ne s'attend à ce que les étoiles tombent du ciel (à part Nibiru au cinéma) ou à ce que le ciel nous tombe sur la tête (à part Astérix et les gaulois), mais le soleil pourrait bien perdre son éclat si nous persistons à envoyer des fumées dans l'atmosphère : il y a des images qui restent assez vagues pour pouvoir être utilisées dans des circonstances très diverses. Au contraire, l'évangile précise bien que nous ne pouvons rien prévoir sur l'évolution du monde : quand Jésus affirme "vous ne connaissez ni le jour ni l'heure", ce n'est pas pour nous éviter de nous faire piéger, mais pour nous inciter à la vigilance : veiller, c'est être prêt, c'est aussi tenir debout. Ce n'est pas une attitude de peur ni de défense, c'est le comportement actif de quelqu'un qui se prend en charge. Le style apocalyptique permet aux évangélistes de faire allusion à des événements du présent ou d'un passé proche sans les citer explicitement : ils prennent alors valeur de symbole et portée universelle, au-delà de leur enracinement dans l'histoire. L'évangile cherche à nous rendre attentifs aux signes des temps : déceler dans les événements une parole qui nous aide à vivre, personnellement et collectivement. Il nous invite à nous préoccuper du présent pour construire l'avenir, pas à vivre dans la peur.
La fin du monde est-elle pour demain ? C'est un faux problème. Elle ne mérite pas de faire partie des préoccupations : l'important est de vivre au jour le jour. Certes, il y aura pour chacun une fin du monde, avec la mort ; certes il peut y avoir pour l'univers un "dernier instant". Mais ce ne sont pas des menaces : ce sont des passages par où se révèlera l'amour de Dieu. C'est pour cela qu'il faut être prêt et veiller : ne pas rater la rencontre avec Dieu. Sans doute les enfants ont-ils sur ces événements une vision différente des adultes : mais il est important de les aider à faire la part du rêve et de la vie, pour les éveiller à une attitude active et à l'espérance.
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