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Qui peut être sauvé ?

C'est une question qui ne doit pas préoccuper grandement les enfants, qui d'ailleurs ne sauraient pas quel sens lui donner. Mais elle est cruciale pour bien des adultes. Quand j'étais enfant (au siècle dernier comme la plupart d'entre nous), je me souviens qu'on nous exhortait au catéchisme à devenir saint. Comme si ç'avait été à notre portée. Le salut éternel, c'était ça ou rien. Et ça m'inquiétait beaucoup parce que ça me paraissait justement hors d'atteinte. Je lisais avec plaisir et crainte les vies de saints (on trouve encore ces albums pour enfants avec des textes édifiants et moralisateurs, et autrefois terriblement guimauve), écrits sous des cases avec de jolis dessins : la sainteté avait l'air de quelque chose de tentant, de lumineux, de joyeux même... mais de tellement héroïque et d'une telle perfection que ça paraissait vraiment inaccessible. Comme c'était plus satisfaisant parce que l'héroïsme n'a jamais été mon fort, j'avais fini par y renoncer dans mes projets, non sans inquiétude car je n'ai jamais pu oublier ce dessin qui m'avait frappé dans un couloir d'une église de pèlerinage alsacienne : il représentait la longue marche du peuple de Dieu, dont la grande majorité s'engageait sur l'autoroute de l'enfer alors que quelques-uns prenaient le sentier escarpé du ciel ; des anges venaient en attraper en chemin, et des trappes s'ouvraient sous les pas de certains pour les engloutir dans les flammes. En renonçant à la sainteté comme à un luxe inaccessible, ne risquais-je pas de me trouver absorbé dans une bouche d'égout en communication directe avec l'enfer ? Fallait-il renoncer à l'éternité si on n'était pas capable d'héroïsme ? Heureusement l'évangile est venu retourner ma perception du salut. Et il me semble important d'orienter nos enfants vers cette vision, qui n'est pas moins exigeante. Quelques points de repère :
  • Le salut n'est pas à notre portée. Le Christ est clair : après le départ du "jeune homme riche", si respectueux de la loi mais englué dans ses richesses terrestres, il constate la difficulté à suivre son chemin, et les apôtres demandent : "mais alors, qui peut être sauvé ?" Il répond : "aux hommes, c'est impossible." Décourageant ! Mais il ajoute aussitôt : "Mais ça ne l'est pas pour Dieu : car rien n'est impossible à Dieu." (Mc 10, 26-27)
  • Le salut n'est donc pas dans une accumulation de mérites. Nous pouvons faire comme nous voulons, nous pouvons être des modèles d'héroïsme et de perfection, nous ne méritons rien ! Nous pouvons désirer être sauvés mais pas le réaliser nous-mêmes. Est-ce alors à dire que nous pouvons nous laisser aller, attendre quelque chose qui vient de l'extérieur et sur quoi nous n'aurions aucune prise ? Evidemment pas ! Etre sauvé n'est ni un automatisme ni une contrainte étrangère à notre volonté. Nous ne pouvons pas influencer Dieu ni l'impressionner ou lui faire du chantage. Mais nous ne pouvons pas non plus accueillir le salut comme s'il ne nous concernait pas. Nous ne pouvons pas forcer la main à Dieu mais nous sommes invités à préparer nos cœurs pour y créer les conditions favorables à l'accueil du don de Dieu.
  • Comment accueillir ce don de Dieu ? L'évangile de Matthieu est explicite (Mt 25, 31-46) : ni les justes ni les autres n'ont eu conscience de ce qu'ils faisaient en profondeur. Ils ont vu des hommes dans le besoin. Ils ont aidé ou non. Ils ont créé en eux le terrain favorable à l'accueil du Christ ou s'y sont au contraire fermés. Accueillir le salut, c'est donc, "tout simplement", s'ouvrir aux autres. Tout le contraire de la paresse, de la passivité, de l'attente. Mais s'ouvrir aux autres est une attitude exigeante, permanente, qui ne se comptabilise pas, dont on ne peut pas tirer orgueil et encore moins se vanter. Et Dieu seul peut transfigurer notre disponibilité.
  • Combien y aura-t-il de sauvés ? Cette question a toujours préoccupé elle aussi les hommes inquiets de faire partie de ces "appelés peu nombreux". Les réponses ont été diverses suivant les époques. Le jansénisme a profondément influencé l'Eglise depuis le 17ème siècle, surtout en occident. Sa vision pessimiste du salut a conduit à prendre à la lettre les avertissements du Christ et à remplir l'enfer. Un saint Alphonse de Liguori, dont les écrits lui ont valu le titre de docteur de l'Eglise, imaginait un très petit nombre de sauvés. Le dessin auquel je faisais allusion ci-dessus relevait de la même crainte. A l'inverse sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus était malade à l'idée qu'il puisse y avoir même un seul damné. Qui a raison ? L'espérance ! Rien n'est impossible à Dieu ! Même pas de conduire l'homme au salut, s'il le souhaite.
  • Le salut n'est imposé à personne mais il est proposé à tous. En dernier recours, ce n'est pas Dieu qui choisit comme Osiris pesant l'âme du défunt pour évaluer son droit à être sauvé. Dieu offre sa vie. Il n'a pas d'exclusive, pas de réticence. Il aime le pécheur parce qu'il ne peut pas ne pas aimer sans s'être infidèle à soi-même. Le salut n'est pas à notre portée, mais il est, à tous les instants de notre existence, entre nos mains. C'est notre affaire : accepter ou non le don d'un amour infini. Une perspective d'espérance aussi exigeante mais bien plus éducative que toutes les peurs !
L'homme adore se faire peur et les enfants n'y échappent pas. Mais notre Dieu n'est pas un pervers qui nous attendrait en chemin pour nous prendre en traître. Il n'envoie pas des planètes Nibiru inconnues des astronomes pour créer l'apocalypse, la terreur et le malheur. Il aime. C'est sa faiblesse, et sa grandeur. Ils nous invite à les partager. Ce n'est ni de l'héroïsme ni de la perfection. Mais c'est un chemin de bonheur, à ouvrir à nos enfants.
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