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Comment redevenir des enfants ?

La question est souvent posée : doit-on, peut-on, venir à la messe avec de petits enfants ? Ils sont rarement calmes, ne vont-ils pas déranger ? Le forum de croire.com a reçu à ce sujet toutes sortes de réponses. L'immense majorité se retranche derrière un passage classique de l'évangile de Marc où Jésus accueille et bénit des enfants :
  1. On présentait à Jésus des enfants pour les lui faire toucher ; mais les disciples les écartèrent vivement.
  2. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent.
  3. Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas. »
  4. Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
    (Mc 10, 13-16)
Sans doute ont-ils raison, mais ne voir dans ce passage qu'un éloge de l'enfance et à la limite l'invitation à tout accepter de leur part dans une église affaiblirait singulièrement sa portée.

Quelques points de repère pour mieux entrer dans ce passage :

> Jésus ne fait pas ici un éloge de l'enfance
Comme il le fait souvent, il la cite en exemple, non pas pour l'imiter servilement mais pour s'inspirer de son comportement. Or l'enfance n'est pas du tout considérée à son époque comme elle l'est maintenant. Non seulement l'enfant n'est pas roi, mais il est complètement déconsidéré : il n'aucune existence sociale, il est incapable de subvenir à ses besoins économiques, il est fragile. Tout, sauf un exemple ! Sortir de l'enfance, c'est accéder à un statut social, à une existence réelle : c'est un vrai progrès. Le seul vrai but de l'enfance, c'est donc de ne pas rester un enfant. On en sort vraiment vers 12 ans, en célébrant la "bar-mitsva", qui correspond un peu à notre profession de foi. On peut alors venir à la synagogue, prendre la parole et lire la bible (tout en continuant à approfondir ses connaissances), aller en pèlerinage à Jérusalem... Etre un enfant n'est donc pas une situation enviable et Jésus n'invite pas à "redevenir des enfants" : c'est le même malentendu qu'avec Nicodème qui se demandait "comment naître une seconde fois" (cf Jn 3, 1-21)

> Pourquoi l'enfance est-elle alors un modèle ?
Ce qui est un handicap dans la vie sociale ne l'est pas dans la vie divine. L'enfant est incapable, dépendant, condamné à faire confiance (et il a parfois tort parce que les adultes n'en sont pas toujours dignes...) : dans la vie sociale, il est fragile et menacé. Il n'en va pas de même face à Dieu : il est digne de confiance, être totalement dépendant de lui n'est pas une régression et encore moins une menace ; accepter d'être fragile et ne chercher la force qu'en lui nous fait grandir en humanité. Jésus ne propose pas de redevenir des enfants, de faire pipi dans nos couches, de crier à tort et à travers ou de faire des caprices, mais de leur ressembler et de regarder le royaume de Dieu avec un regard d'enfant : venir nous blottir dans la tendresse de Dieu comme un bébé se blottit contre sa maman. Adultes, nous devenons critiques, nous faisons des reproches à Dieu sur la manière dont il a conçu et mène le monde, nous n'acceptons pas de recevoir tout de lui, nous raisonnons... et ce comportement risque de déformer notre vision du Royaume de Dieu au point que nous pouvons refuser d'y entrer parce que nous ne le voyons pas tel qu'il est.

> Préserver l'enfance
Il y a donc quelques comportements à adopter pour vivre vraiment ce texte :
  • Vis-à-vis de nos enfants : nous pouvons être pour eux des éducateurs et les aider à grandir notamment dans la foi ou des obstacles. Il y a des années, à la question posée à un groupe d'ados qui préparaient la confirmation, "quels sont pour vous les obstacles sur le chemin du Christ", la réponse a été quasi-unanime : "le pire, ce sont nos parents". Ne généralisons pas, mais c'est significatif. Jésus ne demande même pas aux apôtres de lui envoyer leurs enfants, mais de ne pas être des obstacles. Les parents envoient leurs enfants, que l'Eglise sache accueillir au nom du Christ.
  • Vis-à-vis de nous-mêmes : apprenons à accueillir le Royaume de Dieu à la manière d'un enfant, dans la confiance, avec un regard pur et un cœur débarrassé de la poussière accumulée...
  • Dans le quotidien : soyons pour nos enfants les témoins de la tendresse du Christ. Les accueillir est un geste de bénédiction, même s'ils sont criards et fatigants, même si la vie nous épuise (j'ai des enfants, je ne donne de leçons à personne et je sais de quoi je parle !). Les embrasser, les bénir, c'est un devoir de parents : c'est le Christ lui-même qui les accueille. Le geste de l'imposition des mains peut être renouvelé en famille à l'occasion de temps de prière (nous l'avons fait chaque soir avec nos enfants au moment de la prière avant le coucher)
Les enfants ne sont pas des rois qui ont le droit de tout faire. Nous sommes responsables de leur éducation. Mais ils peuvent ouvrir les adultes à la confiance absolue en Dieu qui seule nous ouvrira les portes du Royaume !
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