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Dieu est-il tout-puissant ?

Quelle question ! Bien sûr, nous le disons chaque dimanche (et peut-être plus souvent) dans le Credo. Certes. Mais c'est, pardonnez-moi, une manière inélégante d'évacuer la question, car elle est pertinente. La refuser risque de nous orienter sur des fausses pistes, où nous méconnaissons Dieu sous prétexte de le respecter ; car elle recèle bien des objections sur Dieu, et les enfants risquent dans leur candeur de les relever, lorsqu'ils observent le mal présent sur terre...
Dire de Dieu qu'il est tout-puissant, est-ce dire qu'il peut tout faire, capacité et volonté ? Tout et n'importe quoi ? Et donc qu'il est responsable de tout ? C'est lui qui provoque les tremblements de terre, les tsunamis, les épidémies et provoque des morts par milliers ?
> Nous croyons en Dieu créateur : nous croyons qu'il a fait une oeuvre extraordinaire en appelant l'univers à l'existence et en le maintenant au cours des temps. C'est quelque chose qui échappe complètement aux possibilités de l'humanité. Nous sommes prisonniers de nos limites et de notre imperfection, pas lui. Il n'y a pas de limites à ses possibilités. Il n'est pas soumis à la création, il peut "théoriquement" y intervenir comme il le veut.
> Nous croyons en Dieu amour : il y a donc bien une limite à la puissance de Dieu ! Ce qui est tout-puissant, ce n'est pas la volonté et les capacités d'un démiurge qui jouerait avec sa propre création, c'est son amour. Si Dieu intervient, c'est toujours par amour, c'est toujours pour sauver. C'est l'amour de Dieu qui est tout-puissant, sans limite.
> Il n'est pas possible de voir en Dieu l'auteur des catastrophes naturelles. Un Dieu capricieux qui jouerait avec la Terre au risque de tuer ses enfants par milliers ! Il serait le plus grand criminel de l'histoire ! Sous prétexte de le respecter, c'est terriblement irrespectueux !
> Mais ne dit-on pas qu'il éprouve l'homme ? Il met sur sa route des avertissements, des tentations, des épreuves, pour le forcer à se dépasser. C'est une façon de parler. Que nous puissions considérer les événements de notre vie comme porteurs d'une parole de la part de Dieu, sans doute. Que les difficultés que nous traversons puissent être, individuellement et collectivement, un appel à la conversion et au dépassement, tant mieux. Mais ne considérons pas tous les événements indistinctement comme des épreuves envoyées par Dieu, et surtout pas pour nous punir. Abraham lui-même était outré à l'idée que des justes puissent être victimes de la punition massivement méritée par Sodome... Si nous aimons nos enfants et cherchons leur bonheur, comment pourrions-nous imaginer qu'il n'en soit pas de même pour Dieu !
> Serions-nous capable d'inoculer le SIDA à nos enfants pour les punir ? Je vous laisse répondre. Et je vous laisse apprécier l'inspiration de ce journaliste qui avait un jour provoqué un évêque dans ce sens... mais aussi celle des responsables d'Eglise qui se sont sentis tentés de suivre cette fausse piste. Serions-nous capables de provoquer un accident et des morts pour punir nos enfants ? Imaginer ça donne le vertige, comment pourrions-nous imaginer que Dieu le fasse ? Jésus nous dit "vous qui êtes mauvais, vous êtes capables de donner de bonnes choses à vos enfants : combien plus votre Père... (Mt 7, 11)
> Mais si Dieu ne provoque pas les cataclysmes, ne pourrait-il pas protéger ses enfants en les empêchant ? A notre niveau, nous savons bien que l'éducation ne passe pas par une surprotection qui évite tout ennui à nos enfants. Les protéger, c'est les enfermer dans une coquille, les éduquer c'est leur donner une colonne vertébrale qui les fasse tenir debout. Notre monde est souvent dur, parfois inhumain : Dieu nous invite à faire face. Il a partagé notre vie, il est toujours avec nous.

Non, Dieu n'est pas "tout-puissant" : c'est son amour qui est sans limite. Il nous aime d'un amour débordant. Il en a témoigné en Jésus, il en a été victime. Le Très-Haut n'a pas refusé de devenir le Très-Bas, humilié sur la croix. Le monde est ce qu'il est, imparfait et parfois inhumain, ne cherchons pas à l'expliquer, ne croyons pas que Dieu nous y aurait abandonnés, comme dans une vallée de larmes destinée à nous purifier d'une souillure, ni comme un exil que nous aurait mérité notre péché. En Jésus, il est avec nous "tous les jours, jusqu'à la fin des temps" (Mt 28, 20), il y souffre et y aime avec ses enfants. Il veut notre bonheur. Il nous montre qu'aimer rend vulnérable. Mais il nous appelle sur ce chemin qui conduit vers lui. Et s'il est tout-puissant, c'est pour nous aider à transformer ce monde et nous donner sa vie.
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