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Pourquoi le mal ? (2)
Le "péché originel"

Si Dieu a créé un monde beau - "et Dieu vit que cela était bon", dit la Genèse comme un refrain - pourquoi est-il à ce point maintenant sous l'influence du mal qui le déforme ? Pourquoi la souffrance, la mort ? Pourquoi des catastrophes naturelles qui tuent hommes, femmes et enfants par milliers ? Pourquoi la bêtise, la fragilité, la maladresse, quand ce n'est pas la méchanceté, de l'homme, qui fait ou laisse mourir de faim, de guerre, de maladie, d'accident ?
Les sages d'Israël avaient autrefois imaginé une réponse. Le monde, créé beau, avait été enlaidi par le refus de l'homme d'adhérer pleinement au projet de Dieu : ce rejet censé être commis par le premier homme aurait contaminé l'humanité entière, et toute la création. La souffrance, le mal, la mort auraient alors fait irruption dans un monde qui ne les aurait jamais connus si l'homme était resté en harmonie avec Dieu.
Cette conception plus symbolique que réelle ne prétendait pas décrire une situation. Mais les premiers chrétiens l'ont prise au pied de la lettre et en ont fait une doctrine aux conséquences multiples et discutables, qui ont troublé des générations de la vie de l'Eglise. Quelques points de repère pour approfondir le débat :
  • Le récit de la Genèse ne prononce jamais le mot de "péché originel". Il n'envisage jamais un "péché mortel" qui rendrait l'homme "incapable de Dieu". Le monde est terni dans sa globalité par l'homme, le mal y a le champ libre (ce que veut dire le mot "mau-dit", donc c'est "le mal qui parle") : l'homme, en croyant décider lui-même ce qui est bien et ce qui est mal, est la victime du mal.
  • L'idée que l'homme soit victime d'une malédiction qui le couperait de Dieu sans remède est une invention chrétienne et non biblique : l'homme naîtrait "possédé" par le diable et ne serait délivré de cette malédiction que par le baptême. Saint Augustin s'est fait le champion de cette croyance, tout en en mesurant les limites : d'où l'invention des "limbes", état de vie des enfants encore innocents morts sans baptême. Il est heureux que l'Eglise moderne ait enfin réaffirmé que l'amour de Dieu est tout puissant et n'a jamais "maudit" ni "damné" l'humanité.
  • Si le rejet de l'homme a terni le monde, c'est avant tout à ses propres yeux. Il n'y trouve plus sa place, il s'y sent fragile et menacé. L'allusion à la nudité ne signifie pas que la faute attribuée au premier homme soit de nature sexuelle : la sexualité humaine, comme toute la création, fait partie du projet de Dieu, et Dieu vit que cela était bon... Mais l'homme est fini et fragile : habillé de la force de Dieu, il n'a pas besoin de se défendre, il est nu sans se sentir en danger ; livré à sa fragilité, il se sent menacé, il a conscience de sa faiblesse, il a froid, peur de l'autre et même de Dieu.
  • L'observation du monde nous apprend que la mort existait de tout temps, bien avant l'homme. Il a toujours existé des prédateurs et des proies, des victimes, des souffrances et des morts... Il faut bien le redire : l'homme n'est pas responsable de l'irruption du mal dans le monde. Ce n'est pas à cause de lui que le mal imprègne le monde, mais il porte sa part de responsabilité.
Le problème n'est donc pas encore réglé, bien au contraire ! Si le mal a infiltré la création dès son origine, comment Dieu l'a-t-il laissé faire ? D'où vient-il, d'où tire-t-il sa puissance ? Comment comprendre le fond de la rupture entre l'humanité et Dieu, en évaluer les aspects, et surtout comment nous positionner devant ce problème ? Il reste encore beaucoup à dire sur le problème du mal, sans prétendre le régler, mais pour ne pas en être des spectateurs passifs et résignés, des victimes ou des complices...
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