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Jésus est mort... et ressuscité !

On pense facilement à la mort de Jésus. L'occident a envahi nos églises et le bord des routes de calvaires. La réforme protestante a tenté de réagir en ne représentant pas le Christ souffrant sur la croix, ce qui était déjà une habitude ancienne des orthodoxes. Sans beaucoup d'effet ! Un sommet est atteint avec la représentation hallucinante de la crucifixion sur le célébrissime retable d'Issenheim (au musée Unterlinden de Colmar). Il est vrai que le contexte politico-socio-économique du moyen-âge ne prêtait pas à l'optimisme. Par la suite, le jansénisme et sa théorie de la prédestination ont fortement influencé l'époque classique jusqu'à sa condamnation.
Alors nos croix sont restées marquées par la mort. Jusqu'à une époque moderne ou un cinéma pour voyeurs a récemment encore "enfoncé le clou" (excusez ce mauvais jeu de mots) Certes, ces films ne sont pas destinés aux enfants, mais j'en connais que leurs parents ont emmenés et qui ont le film dans la vidéothèque familiale. Il y a des enfants qui connaissent tous les détails de la passion, jusqu'au nombre d'épines de la couronne ; je n'ai pas l'impression que ça les ait épanouis.
Il est vrai que la résurrection est restée dans le secret et l'invisible. En parler est conjectural et difficile. Mais essentiel ! Mort et résurrection sont indissociables. La mort du Christ serait restée un crime ignoble et vain si l'issue définitive avait été le tombeau. La résurrection, à l'inverse, si elle constitue le cœur de notre foi, ne peut pas faire l'impasse sur la mort, don total de l'amour fou de Dieu. Ainsi le Christ, même mort, n'est pas resté prisonnier de la croix. Si le retable d'Issenheim comporte une crucifixion inquiétante, il propose aussi une résurrection fascinante, où le Christ est emporté vers la lumière dans une dynamique tourbillonnante. Vision d'artiste, mais vision inspirée et symbolique, pleine de sens. C'est elle qui justifie l'aspect si angoissant de la crucifixion. A chacun de construire sa propre vision de la résurrection. Aucune n'est vraiment conforme à un événement dont nous ignorons tous les détails, mais elle peut l'illustrer pour nous éviter de rester dans l'abstrait.
Bien sûr nous ne pouvons pas, sous prétexte de donner une vision optimiste de la foi, tenir nos enfants à l'écart de la mort du Christ. Inversement, il serait malsain de trop insister. La croix n'est plus un instrument de torture, un signe de mort : elle est un symbole trinitaire de l'amour de Dieu. Voici quelques pistes :
> apprendre à nos enfants à bien faire le signe de la croix "au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit". Tracer sur nous ce signe, c'est nous habiller de l'amour de Dieu. La signification de la Trinité posera sûrement problème, mais c'est une autre question : une chose à la fois !
> Il est normal qu'il y ait une croix dans la chambre d'un enfant (et pourquoi pas fabriquée avec lui). Mais il serait mieux qu'elle ne comporte pas le corps du Christ : soit elle restera sans décoration, soit il dessinera lui-même quelque chose sur le bois
> Il existe des "croix-icones", soit dans la tradition orthodoxe, soit avec des décors plus modernes. Une des plus célèbres est celle "de Saint Damien", qui se rattache à Saint François d'Assise. Elles représentent un Christ glorieux (belle synthèse entre mort et résurrection) ou des scènes de sa vie (moyen de rappeler que le chemin de croix a commencé bien avant Gethsémani et que le salut ne nous vient pas des souffrances et du sang versé, mais de l'amour offert à travers toute sa vie).
La croix et la résurrection sont deux réalités indissociables qui témoignent de l'amour de Dieu. Le don de la vie du Christ est aussi irruption de la vie de Dieu dans notre quotidien qu'elle transfigure. C'est la Pâque du Seigneur.
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