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Parler de la mort avec les enfants...

Mission impossible ? Probablement pas. Si parler de la mort est difficile, c'est surtout parce que nous y voyons se refléter nos propres peurs. Même si nous sommes encore jeunes, la maladie, les accidents, puis la mort de nos parents, de nos amis, et l'âge aidant le spectre de notre propre mort avivent nos angoisses. Il est évident que la mort est chargée de peines et de chagrins. Quelle que soit notre espérance, elle est rupture de relations, et comme au fur et à mesure de notre évolution, nous nous révélons par l'ampleur du réseau de relations que nous tissons, leur disparition est pour nous une blessure. Nous voudrions en préserver nos enfants. C'est un tort, ce n'est pas en les protégeant dans une bulle que nous les éduquons, c'est exactement le contraire ; éduquer, c'est se frotter à la vie, et la mort en fait partie, qu'on le veuille ou pas.
Or la journée du 2 novembre et les visites traditionnelles au cimetière sont l'occasion d'évoquer ce dérangeant mystère, si possible dans la lumière et l'espérance de la Toussaint...
Il faut être conscient que les enfants ne vivent pas le même rapport à la mort que nous :
> ils ne disposent pas encore du réseau de relations que nous tissons au long des années. La première, qui remonte avant la naissance, est celle qu'ils ont avec leur mère. Couper le cordon, c'est les obliger à construire eux-mêmes une nouvelle relation qui ne soit plus une simple dépendance. Cette relation est fragile mais vitale. Viendra ensuite la relation avec le père, puis avec la fratrie, et petit à petit la socialisation ajoutera d'autres liens à la toile : c'est ainsi qu'on grandit. Ces liens sont aussi fragiles que ceux des adultes mais seuls les liens directs (parents,...) sont essentiels. La rupture est aussi douloureuse, les blessures ne sont pas moins vives, mais il y en a moins.
> l'imaginaire des enfants travaille beaucoup : ils n'ont pas forcément conscience d'une rupture, ils peuvent ressentir un simple déplacement. Mon fils avait 18 mois quand ma grand-mère est décédée ; il avait eu quelques occasions de rencontre sans être intime : pendant des années il nous a dit qu'elle était dans une église de la ville inaccessible à la visite. Quelques années plus tard la conscience de la réalité a pris le pas sur l'imaginaire mais le souvenir s'était estompé. Cette réalité n'est pas sans danger : elle doit être prise en compte sans être exagérée : nous ne vivons pas dans le monde des fantasmes. Dire d'un défunt qu'il est parti pour un long voyage n'est pas faux et peut-être commode dans l'immédiat mais peut induire des erreurs : en général, on revient d'un voyage, ça peut même être la fête. De ce voyage, on ne revient pas et la fête sera d'une autre nature...
> l'imaginaire est nourri aujourd'hui par l'irruption du virtuel. Quand on joue, on a "plusieurs vies". La télévision donne le spectacle de morts lointaines et désincarnées. Les enfants peuvent en oublier que la mort est définitive, qu'on n'a pas de bonus et qu'on n'en guérit pas.
Dans ce domaine comme dans tous les autres, il importe de parler vrai :
> l'image du voyage est provisoire mais on peut en profiter pour faire sentir que le retour est impossible ; seul Jésus est revenu pour nous dire que le monde de la mort où est parti le défunt n'est pas triste et qu'il nous y attend tous dans un bonheur éternel.
> il n'est pas indécent de montrer notre tristesse, que nous pourrions tenter de cacher sous prétexte de protéger l'enfant ; elle lui donne le droit de pleurer lui aussi et c'est important pour qu'il arrive lui aussi à faire son deuil.
> celui qui est parti a quitté notre monde mais pas notre souvenir. La journée du 2 novembre, dans la perspective de la Toussaint peut devenir cette journée du souvenir et une première approche de la communion des saints.
> La délicatesse s'impose, de l'annonce au deuil, car il arrive que l'enfant, même sans raison, se sente responsable du décès et/ou de la peine qui s'ensuit.
Le plus dur lorsque nous avons été confrontés avec le drame de la séparation est de témoigner de l'espérance chrétienne. La mort est une rupture mais pas une fin. La résurrection n'est pas une récompense future pour enfants sages, elle est l'aujourd'hui de nos vies, plus encore que la mort : baptisés, nous sommes tous ressuscités. La mort n'en est pas moins une souffrance, mais elle n'est plus un mur : le Christ y a ouvert une brèche définitive.
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