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Notre Père (6) : ne nous soumets pas à la tentation...


Evidemment, je l'ai gardé pour la bonne bouche ! Difficile à comprendre, à interpréter sinon à accepter : c'est Dieu qui tente ? qui s'amuse à nous faire tomber ? et il faudrait que nous lui demandions d'y renoncer ? C'est l'impression que donne le texte original de l'évangile : "ne nous induis pas, ne nous fais pas entrer" (en latin in-ducere = mener dedans, tout le contraire d'éduquer : ex-ducere = conduire dehors). La traduction ancienne disait "ne nous laissez pas succomber" : elle donnait l'impression que, si la tentation ne venait pas de Dieu, il pourrait nous regarder y succomber sans agir. Le verbe "soumettre", employé dans la traduction moderne, n'est pas mieux inspiré : comme si Dieu allait nous mettre en état de tentation. Le grec ne parle pas de tentation mais d'épreuve : c'est moins difficile à comprendre. Dieu ne nous "tente" pas pour nous faire tomber : c'est l'œuvre du Mal, comme l'évoque la demande suivante, inséparable. Mais il peut nous éprouver, non pas pour nous tester et savoir ce que nous valons vraiment, mais pour nous aider à nous affiner (l'allusion aux métaux précieux affinés par le feu est fréquente dans la bible). Mais alors cette épreuve n'a rien de négatif et il paraît étonnant que nous demandions à Dieu de nous en préserver.
Cette phrase est donc bien difficile à accepter, et surtout à présenter aux enfants. Alors, attention aux fausses pistes, aux mauvaises compréhensions, gardons les idées claires :
* Dieu ne fera jamais quelque chose qui puisse nuire à l'homme et le conduire vers le mal. Il est donc impensable que Dieu puisse vouloir nous imposer une tentation au risque de nous voir y céder.
* Dieu ne peut nous vouloir que du bien ; nous n'avons aucune raison de nous méfier de lui et d'imaginer qu'il puisse nous conduire vers une tentation. Il est donc absurde de lui demander de ne pas nous conduire quelque part ; voyez plutôt le psaume 22 (v. 1-4) :
Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien.
Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom.
Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure.

Il me semble que nous tenons là une clé de lecture et de compréhension de cette difficile demande :
* Dieu nous aime : il ne nous tente pas, ne nous conduit pas au péché ;
* mais notre vie est affrontée au Mal : elle traverse des "ravins de la mort", que ce soit du fait de la fragilité de notre humanité qui nous amène au péché ou des provocations du Mal ;
* Dieu les traverse avec nous : il est notre assurance, avec lui nous n'avons rien à craindre ;
* "tentation" est de la même racine que "tenir" : c'est quelque chose qui nous tient, qui nous accroche, qui nous englue sans que nous en ayons parfaitement conscience : et nous nous trouvons enfoncés sans que nous nous soyons rendus compte.
* nous demandons à Dieu de nous aider à "rester à la surface", la tête hors de l'eau : non pas de "ne pas nous laisser succomber", par un coup de baguette magique, pas davantage de ne pas nous soumettre, comme s'il prenait de lui-même l'initiative de nous amener vers le mal.
Ne nous soumets pas à la tentation, c'est reste avec nous dans la tentation, donne-nous la force de ne pas nous laisser submerger.
Des saints mystiques comme Thérèse d'Avila ou Jean-Marie Vianney ont noté que la tentation était à la fois utile et plutôt bon signe : utile parce qu'elle nous stimule dans notre foi et nous évite de nous encroûter et de ronronner ; bon signe parce qu'ils considèrent que la tentation est le signe que notre vie chrétienne est suffisamment forte pour que la Mal puisse tenter de la détruire. Marthe Robin parlait "des pieuses nullités dont se rient les démons". Sans commentaire...
Nous ne demandons donc pas non plus à Dieu de nous épargner les situations dangereuses, les "ravins de ténèbres". Jésus lui-même a connu cette situation, qui peut nous aider à progresser. Et nous savons que si la tentation "tourne mal", Dieu pardonne nos offenses : son amour reste toujours le plus fort.
En fait, en demandant à Dieu de ne pas nous faire entrer (non in-ducere) en tentation, nous lui demandons de nous "éduquer" (ex-ducere) face à la tentation.
La dernière demande est significative : si Dieu doit nous délivrer, ce n'est pas de la tentation, mais de son auteur, l'adversaire, celui qui nous fait douter de Dieu et de nous, le Mal. Dieu, lui, est fidèle : il permet la tentation parce qu'elle nous aide à voir clair, à grandir, mais il est notre force et grâce à lui nous sortons des ravins de ténèbres pour entrer dans sa lumière !

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