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Notre Père (2) : donne-nous aujourd'hui...

Donne-nous quoi, d'ailleurs ? "Notre pain de ce jour", disons-nous d'habitude. Donc notre nourriture quotidienne, ça semble facile à comprendre. Certes, et c'est juste, mais un peu réducteur, et il serait bon d'éveiller nos enfants, petit à petit, à la vraie richesse de cette demande, sans chercher à en faire à 5 ans des théologiens. Quelques points de repère :
> Le Notre Père a 7 demandes, celle-ci est au milieu : d'après la tradition sémitique, la position médiane est la plus importante, comme un podium olympique. Ça veut dire quelque chose : peut-elle ne concerner qu'une banale question de subsistance terrestre ?
> La phrase de l'évangile comporte en grec au moins un mot difficile à interpréter. Sans vouloir jouer les pédants, je vous livre une traduction aussi littérale que possible du texte grec de Matthieu (sans préjuger d'un texte araméen préalable que nous ne connaissons pas mais que les spécialistes essaient de deviner) :
"le pain nôtre, le surnaturel, donne à nous en ce jour" (Mt 6, 11)
Luc dit la même chose pour la première proposition, une variante pour l'autre :
"le pain nôtre, le surnaturel, donne à nous chaque jour" (Lc 11,3)
Ça ressemble assez peu au texte que nous connaissons. La traduction a achoppé sur le mot que je traduis par "surnaturel" (en grec epiousion). La racine "ousion" ne semble pas appartenir au grec littéraire ancien, d'où la difficulté à la traduire ; elle se trouve chez les Pères de l'Eglise où elle exprime la "nature" des Personnes de la Trinité (voir le credo : "de même nature [que le Père]" = homoousion) ; associée au préfixe "épi" qui donne l'idée "au dessus", il évoque donc une "nature" au-dessus de la nôtre : "surnaturel" comme divin et pas comme Harry Potter.
Stop ! Comment voulez-vous que je raconte ça à un gamin de 5 ans !
En effet, il ne manquerait plus que ça !
Quelles conclusions en dégager ?
> La première leçon à tirer de cette difficile traduction, c'est que cette demande peut réellement être comprise comme une demande "utilitaire" : accorde à tous les hommes de quoi assurer la subsistance de leur corps. Le drame de la faim rend cette demande logique et compréhensible. Rendre nos enfants attentifs à ce problème est louable, avec la réserve classique que demander à Dieu d'assurer notre survie ne nous dispense pas de notre propre participation : c'est donc aussi un moyen de proposer aux enfants un engagement à leur mesure.
> La deuxième est que cette phrase veut dire beaucoup plus que ce que nous y mettons habituellement et que nous pouvons essayer d'éveiller nos enfants à ce qu'elle signifie vraiment.

Quel est ce pain "surnaturel" (et la répétition de l'article introduit une insistance : "surnaturel" n'est pas un simple qualificatif) ? Pour le comprendre, rapprochons-nous de l'Evangile de Jean. Après son dialogue avec la samaritaine, Jésus parle avec les apôtres qui lui proposent de la nourriture : refusant la leur, il leur dit "ma nourriture, c'est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre" (Jn 4, 34)
Nous voilà ramenés à la demande précédente : "que ta volonté soit faite". La vraie nourriture de notre vie, ce n'est pas la simple subsistance, c'est ce qui nous distingue des animaux qui mangent pour vivre : c'est de faire la volonté du Père, c'est, comme Jésus, de répandre le bonheur autour de nous, c'est d'aimer. Mais en même temps, ce moteur qui assure notre vie dépasse nos possibilités, car aimer vient de Dieu : à nous de le demander à Dieu, comme un pain "surnaturel" dont nous avons besoin chaque jour comme de la nourriture du corps.

Eveiller des enfants à cette réalité n'est pas démesuré. Sans faire l'exégèse du pain "epiousion", nous pouvons commenter en priant le Notre Père : "quand nous demandons donne-nous notre pain, ce n'est pas seulement ce que nous allons manger, mais aussi ce qui fera vivre notre cœur : aimer les autres, les respecter, les rendre heureux..." Et c'est la demande centrale du Notre Père.
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