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Notre Père (1) : que ta volonté soit faite

Nous insistons beaucoup sur l'intérêt pour les enfants d'entendre très jeunes les grandes prières des chrétiens, et en premier lieu le Notre Père. Mais ces prières comportent souvent un vocabulaire ou des expressions peu compréhensibles, et parfois même aux adultes. Pour répondre aux questions, il est utile d'avoir les idées claires. Voici quelques méditations sur le Notre Père... Elles s'ajoutent à celles que vous trouverez déjà sur le site.
Une phrase parfois difficile et exigeante parce que mal comprise est la 3ème demande : "Que ta volonté soit faite..." On imagine la nécessaire résignation devant les aléas de la vie considérés comme des épreuves envoyées par Dieu pour nous stimuler, si ce n'est comme des punitions pour nos fautes. On se souvient de la phrase de Marie à Bernadette : "Je ne vous promets pas d'être heureuse dans ce monde mais dans l'autre" ; et quand on observe la vie de Bernadette, on constate que sa vie terrestre fut effectivement difficile. Une vie mouvementée voire pénible serait donc une condition pour "mériter le ciel" ? En fait, ni Marie ni quiconque ne peuvent promettre quoi que ce soit pour cette vie qui relève de la liberté humaine et de mécanismes qui nous dépassent mais qui sont exclusivement humains ; mais le bonheur de la vie éternelle nous est promis et Dieu seul en est garant, nos éventuels mérites comme notre péché ne pèsent pas lourd face au débordement d'un amour sans limite. Une vie difficile n'est donc pas la condition du bonheur éternel, la volonté du Père n'est pas de faire souffrir ses enfants.
Mais quelle est-elle donc ? Ce que Dieu veut avant tout, c'est le bonheur de l'homme. Nous sommes appelés à entrer dans cette perspective : par tous les moyens, semer le bonheur autour de nous. Il n'y a pas de recette, de règles à appliquer. C'est plus facile à dire qu'à faire quand la vie nous égratigne ou parfois nous cabosse ou nous blesse, quand nous observons, comme les priants de tous les temps, des psaumes au livre de Job, des pécheurs auxquels tout réussit et des "serviteurs souffrants". Ça ne change rien : faire la volonté de Dieu, ce n'est pas juger les autres ni déplorer la marche chaotique du monde, ni nous résigner aux malheurs qui nous écrasent, c'est aimer. Tout simplement, ni plus ni moins. Sur la terre comme au ciel, car le monde de Dieu est tout entier baigné de l'amour qui émane de lui.
Les matérialistes y verront un irénisme béat, utopiste ou illusoire. Comme si aimer nous invitait à nager dans un nuage irréel, loin des réalités de la vie. C'est au contraire l'engagement le plus exigeant qui soit. Jésus, notre modèle de vie, l'a montré jusqu'à la croix !
Mais aimer ne risque-t-il pas de devenir quelque chose de théorique, d'abstrait ? Une discipline rigoureuse de vie n'est-elle pas nécessaire ? Sinon nos enfants vont faire n'importe quoi ! Certes, et on l'observe un peu partout. Mais discipline de vie n'est pas ascèse démesurée qui ressemble à de la frime. Trop de Tartuffes ont jeté le trouble en manipulant l'apparence. Aimer est plus qu'un état d'esprit. Si nous sommes amenés à "faire n'importe quoi", nous pouvons nous interroger sur la qualité de notre amour. Les règles de vie sont là pour baliser les chemins de l'amour pour des enfants (et des adultes) facilement enclins à s'égarer. Mais la règle par excellence, c'est encore et toujours d'aimer. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus invitait "quoi que vous fassiez, même les plus humbles tâches, faites-le par amour". Et longtemps avant, Saint Augustin lâchait la bride : "Aime, et fais ce que tu veux !" Si tu aimes, tu ne feras pas n'importe quoi, et ta volonté entrera dans celle de Dieu. Ainsi, elle sera faite "sur la terre comme elle l'est déjà au ciel". C'est exigeant, mais c'est pour nous aussi un chemin de bonheur, à vivre pour nous, à proposer à nos enfants ! Et pour reprendre le mot du poète, nous pourrons chanter : "que ta volonté soit fête" !
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