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L'or, l'encens et la myrrhe

Les trois cadeaux des mages à l'enfant roi, Dieu et homme, nous sont bien connus de nom. Pour les enfants, ce sont surtout des mots car ce sont des réalités pas forcément très présentes dans notre monde, du moins sous une forme habituellement accessible aux enfants.

L'or
C'est peut-être le plus connu. Dans beaucoup de familles il y a des bijoux. Le plus souvent la quantité d'or qu'ils contiennent est très faible, voire dérisoire. C'est vrai que si ce métal est précieux, c'est en particulier à cause de sa rareté : depuis l'antiquité on en a tout au plus extrait 150 000 tonnes, la production mondiale annuelle représente à peine 2 500 tonnes (ça tiendrait dans une soixantaine de camions 38 t) et les réserves mondiales d'environ 50 000 tonnes (et donc à ce rythme elles seront épuisées dans 20 ans : ou bien nos enfants n'auront plus de bijoux en or ou bien il faudra en recycler…) Par comparaison, le monde a produit 22 600 000 t d'aluminium en 2004 (9000 fois plus)…
Bien sûr, sa rareté fait de l'or quelque chose de précieux qui n'est pas à la portée de toutes les bourses. Il devient depuis l'antiquité symbole de puissance et de règne. Le cadeau fait à Jésus le désigne donc clairement comme un roi. Il est cité 890 fois dans la bible dont plus d'un quart dans le Nouveau Testament où il a véritablement valeur de symbole.

L'encens
Les enfants ont peut-être eu l'occasion de voir des bâtonnets d'encens censés assainir l'atmosphère. On aime ou on n'aime pas (à utiliser avec précautions surtout dans des chambres d'enfants, ils peuvent être nocifs à la longue), mais ils ne s'apparentent que d'assez loin avec l'offrande de l'encens destinée dans l'antiquité à des divinités. Un encensoir lors d'une messe s'en rapproche davantage.
L'encens est une résine produite par un arbre originaire du sud de la péninsule arabique, où il est encore cultivé aujourd'hui. C'est l'arbre mâle, haut de trois mètres à maturité, qui produit la résine, après une bonne dizaine d'années de maturation. L'écorce est incisée, et les sécrétions de résine sont recueillies trois semaines plus tard.
Dans l'antiquité, les dieux étant censés être friands de ces fumées qui montaient vers eux en sacrifice. Le dieu Baal en était un grand consommateur, mais dans l'Ancien Testament, l'encens est mentionné à 120 reprises dans les divers livres. Dans un passage de l'Exode (30, 34-38) Yahvé précise à Moïse la composition du mélange qu'il faut faire brûler pour lui :
Yahvé dit à Moïse : "Prends des aromates : storax, onyx, galbanum, aromates et pur encens, chacun en quantité égale et tu en feras un parfum à brûler comme en opère le parfumeur, salé, pur, saint. Tu en broieras finement une partie et tu en mettras devant le Témoignage [l'Arche d'Alliance], dans la Tente du Rendez-vous, là où je te donnerai rendez-vous. Il sera pour vous éminemment saint. Le parfum que tu fais là, vous n'en ferez pas pour vous-mêmes de même composition. Il sera saint pour toi, réservé à Yahvé. Quiconque fera le même pour en humer l'odeur sera retranché de son peuple."
Les égyptiens, les grecs et les romains firent également un grand usage de l'encens, dont la nature divine est évoquée par Ovide. Le christianisme donc aussi utilisé l'encens, d'autant plus qu'il faisait partie des cadeaux des mages : on ne pouvait plus clairement affirmer la divinité de Jésus. D'où les encensoirs dont le parfum plus ou moins raffiné a envahi les églises jusqu'à aujourd'hui
De tous les parfums, l'encens est certainement celui qui a le passé le plus prestigieux. On le considérait dans l'Antiquité comme plus précieux que l'or, et la route de l'encens a fait la fortune de plusieurs royaumes arabes. C'était un peu l'équivalent du pétrole d'aujourd'hui.
A noter que des études ont montré que la combustion de l'encens dégage des produits cancérogènes. Il est donc déconseillé d'en utiliser plus de 1 bâton par jour, et recommandé d'aérer la pièce après. "Sic transit…"
Chaque jour, au temple de Jérusalem, un prêtre offrait à Dieu de l'encens : il préparait sur l'autel un petit tas de résine broyée auquel il ajoutait du sel, ce qui le faisait brûler avec une belle flamme jaune et des volutes de fumée. C'est au cours de cette occupation que Zacharie voit apparaître l'archange Gabriel qui lui annonça la naissance de Jean-Baptiste.

La myrrhe
Elle a le "mauvais rôle", celui de symboliser l'humanité du Christ.
La myrrhe est une résine qui était utilisée dans la vie courante, comme médicament, pour la toilette et aussi comme aphrodisiaque : elle est citée seulement 16 fois dans la bible dont 7 fois dans le Cantique des Cantiques dans ce dernier emploi (Ct 1,13 ; 3,6 ; 4,6.14 ; 5,1.5.13) ; elle entre aussi dans la composition de l'huile d'onction sacerdotale chez les juifs (Ex 30, 32) :
Yahvé parla à Moïse et lui dit : "Pour toi, prends des parfums de choix : cinq cents sicles de myrrhe vierge, la moitié de cinnamome odoriférant : deux cent cinquante sicles, et de roseau odoriférant deux cent cinquante sicles. Cinq cents sicles de casse – selon le sicle du sanctuaire – et un setier d'huile d'olive. Tu en feras une huile d'onction sainte, un mélange odoriférant comme en compose le parfumeur : ce sera une huile d'onction sainte. Tu en oindras la Tente du Rendez-vous et l'arche du Témoignage, la table et tous ses accessoires, le candélabre et ses accessoires, l'autel des parfums, l'autel des holocaustes et tous ses accessoires, le bassin et son socle. Tu les consacreras, ils seront alors éminemment saints, et tout ce qui les touchera sera saint. Tu oindras Aaron et ses fils, et tu les consacreras pour qu'ils exercent mon sacerdoce. Puis tu parleras aux Israélites et tu leur diras : ceci sera pour vous, pour vos générations, une huile d'onction sainte. On n'en versera pas sur le corps d'un homme quelconque et vous n'en ferez pas de semblable, de même composition. C'est une chose sainte, elle sera sainte pour vous."
La myrrhe est également utilisée dans les embaumements. Elle a une odeur amère pas très agréable si elle est concentrée, contrairement à l'encens. Offerte à Jésus par les mages en même temps que l'encens, elle marque donc l'opposition : l'encens offert à un Dieu immortel et parfait, la myrrhe offerte à un homme mortel dont elle souligne la finitude, que Dieu assume en Jésus en s'incarnant dans son humanité. C'est donc la globalité de l'humanité que la myrrhe symbolise. Et dans cette humanité elle annonce la mort, et donc la passion du Christ. On peut aussi dire que son odeur souligne l'amertume d'une vie humaine dans laquelle l'amour offert ne trouve pas de réponse et finit par être refusé et tué :
Et ils amènent Jésus au lieu-dit Golgotha, ce qui se traduit lieu du Crâne. Et ils lui donnaient du vin parfumé de myrrhe, mais il n'en prit pas. Puis ils le crucifient… (Mc 15, 22-24a)
Mais la myrrhe est aussi quelque chose dont l'onction rend saint : allusion symbolique à la promesse de résurrection offerte à l'humanité :
Après ces événements, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit. Ils vinrent donc et enlevèrent son corps. Nicodème - celui qui précédemment était venu, de nuit, trouver Jésus - vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d'aloès, d'environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. (Jn 19, 38-40)
A noter que la myrrhe, du fait peut-être de ces utilisations, fait partie des produits précieux du commerce international de l'époque : quand l'Apocalypse se lamente sur la chute de "Babylone", c’est-à-dire de Rome, elle cite :
Ils pleurent et se désolent sur elle, les trafiquants de la terre ; les cargaisons de leurs navires, nul désormais ne les achète ! Cargaisons d'or et d'argent, de pierres précieuses et de perles, de lin et de pourpre, de soie et d'écarlate ; et les bois de thuya, et les objets d'ivoire, et les objets de bois précieux, de bronze, de fer ou de marbre ; le cinnamome, l'amome et les parfums, la myrrhe et l'encens, le vin et l'huile, la farine et le blé, les bestiaux et les moutons, les chevaux et les chars, les esclaves et la marchandise humaine… Et les fruits mûrs, que convoitait ton âme, s'en sont allés, loin de toi ; et tout le luxe et la splendeur, c'est à jamais fini pour toi, sans retour ! (Ap 18, 11-14)

Les enfants ne seront pas forcément sensibles à ces indications socio-économiques ! Mais si vous avez besoin de leur parler de ces trois cadeaux symboliques, vous y trouverez peut-être matière à satisfaire leur curiosité…
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