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Danger, magie !

Nos enfants sont, paraît-il, de fervents supporters de Harry Potter. Ce n'est pas sans danger, car son monde de magie n'est pas le nôtre. On peut discuter, accumulant de savants arguments psychologiques, sur l'utilité de cette traversée du virtuel pour apprivoiser le réel, toujours est-il que c'est ce monde réel dans lequel ils vivent. Il est vrai qu'on en a dit autant des Blanche Neige et autres Walt Disney de nos enfances passées...
Le monde de la foi pourrait avoir aussi des aspects ambigus si nous n'y prenons garde. Comme nous avons du mal à comprendre l'action de Dieu parmi nous et en nous, nous pourrions être tentés d'utiliser des explications qui confinent à la magie, voire qui en sont complètement. Il y a un bon paquet d'années, un théologien avait écrit un livre intitulé "Entre la routine et la magie : la messe". C'est tout dire.
Deux exemples :
> Nous disons qu'un enfant "devient enfant de Dieu" par le baptême : 5, 4, 3, 2, 1, top, ça y est ! La phrase magique a fait son effet et Dieu est pris à son propre amour, contraint par une parole humaine. Nous reviendrons d'ailleurs à cette question particulière dans une prochaine lettre.
> Nous disons que la parole du prêtre "ceci est mon Corps" à la messe transforme le pain dans le Corps du Christ Et là encore, Dieu est piégé, c'est l'homme qui fait tout par le pouvoir que lui a conféré l'ordination.
La réalité est complexe et nos façons de parler simplificatrices et caricaturales. Elles donnent l'impression que des hommes ont un pouvoir personnel qu'ils ont acquis par une sorte d'initiation, et qui réaliserait par lui-même des actions divines. Il serait imprudent d'en parler ainsi à des enfants qui ne sont pas facilement sensibles aux nuances. En nous entendant parler, il pourrait croire que les ministres ordonnés font de la magie à la Harry Potter.
Dans les sacrements, ce n'est pas une parole d'homme qui réalise quelque chose qui contraindrait Dieu. C'est lui qui réalise par le don de son amour des actions dont la parole des ministres ordonnés est le signe et le témoignage. C'est toujours Dieu qui a l'initiative et qui est au cœur de l'action. Ce n'est pas le prêtre qui transforme le pain en Corps du Christ, c'est Dieu : le prêtre le lui demande pour son peuple et les paroles qu'il prononce expriment notre attente et sont le signe que le Christ donne son amour en se rendant lui-même présent. Le prêtre ne réalise pas quelque chose que Dieu n'ait pas déjà donné.
Il est bien possible qu'un théologien trouve à redire à cette méditation sommaire. Je n'ai pas pour objectif de faire de l'immense réalité de l'eucharistie en si peu de lignes une présentation totalement complète, fidèle et conforme. Je voudrais contribuer à mettre les enfants à l'abri de mauvaises compréhensions. Il est bon qu'ils comprennent que les gestes que nous faisons expriment un don de Dieu, qui est amour, et pas un pouvoir humain, qui serait magie. Ils nous rendent aussi conscients de notre petitesse devant la grandeur du don de Dieu et appellent à l'humilité alors qu'un pouvoir magique conforte l'homme dans ses capacités personnelles et attire la prétention et l'orgueil, sinon la vanité.
Dans la liturgie, dans la prière, dans la vie chrétienne, c'est Dieu qui accueille, qui agit, qui se donne : tout le contraire de la magie et de Harry Potter.
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