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Noël
Il est né...

Noël, c'est pour demain... Une fête tardive dans la chrétienté, une fête marquée par le sentimentalisme, les traditions. J'ai un peu hésité à écrire ce texte : Noël touche à notre imaginaire et je ne voudrais pas démolir vos rêves d'enfants. Mais nous rêves d'autrefois ne feront pas forcément ceux de nos enfants aujourd'hui. Essayons quand même de mieux connaître la réalité de Noël pour mieux la célébrer avec nos enfants. Et pardonnez-moi si j'atteins en vous un point trop sensible.

> Une fête tardive.
Les premiers chrétiens se sont centrés sur Pâques et sur la résurrection, mystère central de notre foi. Ce n'est qu'au 4ème siècle que le christianisme, religion autorisée avant de devenir religion officielle de l'empire romain, a cherché à remplacer les anciennes fêtes païennes. Ainsi, une fête du solstice d'hiver, qui célébrait le "sol invictus" (soleil invaincu) revenant au milieu des ténèbres de l'hiver a-t-elle été consacrée à Dieu entré en humanité en la personne de Jésus, venu dissiper les ténèbres du péché. C'est ainsi qu'on a commencé à fêter la naissance de Jésus en occident. Les orientaux fêtent de préférence la révélation de Jésus aux nations dans l'Epiphanie.

> Des traditions envahissantes et pas fondées
Ne parlons même pas de celles qu'a fait naître le consumérisme moderne : beaucoup d'enfants connaissent le Père Noël avant Jésus. Il n'appartient qu'à nous de ne pas céder à cette folie commerciale.
Mais la fête de Noël s'est trouvée embarrassée par de mauvaises traductions, par notre ignorance des traditions juives, voire par des options théologiques discutables.
Essayons de reconstituer l'actualité du moment à la lumière de ce que l'étude moderne de l'évangile, la sociologie de l'antiquité ou l'anthropologie nous apprennent. Notons aussi que nos sources sur la naissance de Jésus sont très fragiles : elles se limitent aux premiers chapitres des évangiles de Matthieu et de Luc, écrits à portée catéchétique et théologique plus que vraiment historiques, plus récents que les évangiles eux-mêmes : ils n'ont pas été écrits avant la fin du 1er siècle.
1. Joseph et Marie habitent Nazareth
Nous le considérerons comme un fait. Ont-ils dû en partir en catastrophe pour les opérations de recensement ? Certainement pas. De tels recensements sont connus des historiens : ils ont duré des mois voire des années. Joseph et Marie ont quitté Nazareth tranquillement : il n'y avait urgence ni pour le recensement ni pour la naissance. Et sans doute à pied tous les deux, intégrés à une caravane : ils n'étaient sûrement pas assez riches pour posséder un âne ; et si tel était le cas, notre galanterie française nous induit en erreur : c'est probablement Joseph qui était dessus, c'était l'usage. D'ailleurs si Marie avait dû faire un voyage d'une semaine à dos d'âne et sur le point d'accoucher, elle n'aurait pas attendu Bethléem. Ça n'aurait pas été très différent à pied.
2. Pourquoi Bethléem ?
Parce que, nous dit l'évangile, Joseph était de la descendance de David, qui était originaire de là. Cette note doit rattacher Jésus à cette descendance (et n'insistons donc pas trop pour affirmer que Joseph n'est pas son "vrai" père, sinon impossible d'appeler Jésus "Fils de David"...) Mais David, ça fait près de 1000 ans... Plus personne ne connaît ses ancêtres sur cette durée (vous connaissez les vôtres en l'an mil ?). Ce sont des traditions familiales, peut-être fondées, mais invérifiables. De plus, rassembler tous les descendants de David, qui pouvaient être des milliers, dans un village qui n'avait peut-être qu'une centaine d'habitants était déraisonnable même pour les romains qui organisaient le recensement.
Alors pourquoi ? parce que c'est là que nombre de prophéties (notamment Mi 5,1 citée aux mages dans Matthieu) situent la venue espérée du messie ? La réalité était peut-être plus simple : Joseph est originaire de Bethléem et il revient simplement chez lui ("Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d'origine" : Lc 2,3) ; il s'installe dans la maison familiale, et comme il n'est sans doute pas le seul à être revenu au pays pour le recensement et pour la même raison, il y a du monde. Peut-être pas des milliers, mais dans une petite maison ça fait beaucoup quand même.
3. "Il n'y avait pas de place..." Nous imaginons Joseph avec Marie sur le point d'accoucher, rejetés partout. Belle image, mais pas conforme à ce qu'a pu être la réalité. Pour plusieurs raisons.
* D'abord nous imaginons Bethléem comme une petite ville moderne avec son Formule 1 et son Novotel, remplis par l'afflux des touristes. Rien de tout cela à Bethléem qui est un village ; tout au plus un caravansérail qui risquait en effet d'être bien plein.
* Ensuite l'hospitalité était chez les juifs un devoir sacré : la première porte où Joseph aurait frappé se serait ouverte sur une solution, même s'il y avait beaucoup de monde dans le village.
* Enfin cette image n'est pas conforme au texte de l'évangile, tout simplement ; il nous dit :
"Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte." (Lc 2,5) : "qui était enceinte", état qui dure des mois et pas "qui allait accoucher".
"Or, pendant qu'ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter." (Lc 2,6) : pendant signifie qu'il y a un avant et un après. Ils sont déjà là quand arrive le moment. Pas forcément depuis longtemps mais ils sont arrivés et installés.
Alors pourquoi n'y avait-il plus de place ? La meilleure traduction serait "ce n'était pas une place pour eux dans la grande salle" (Lc 2,7). Cette "grande salle" peut désigner soit la pièce unique d'une petite maison soit une dépendance ajoutée sur le toit (comme pour la Cène). Il est probable qu'elle est pleine. Nous sommes en pleine nuit, tout le monde dort. Le remue-ménage d'un accouchement va gêner tout le monde, ça va faire du bruit et pire que cela la femme qui accouche contracte une impureté rituelle (40 jours pour un garçon, le double pour une fille : cf. Lv 12,1-8) qu'elle pourrait transmettre par contact : ce n'est pas sa place avec tout le monde ! Voilà pourquoi Marie s'exile dans la bergerie. C'est là que naît son fils premier-né, qu'elle couche dans la mangeoire.
Voilà sans doute l'histoire de Noël. Celle d'un jeune couple (voir aussi la fiche ressource "Marie") respectueux de la loi de Moïse, dans une vie ordinaire. C'est pour ça qu'elle est belle. Jésus naît hors de chez lui, lors d'un déplacement, dans une famille de pauvres, avec pour témoins des marginaux : pourquoi chercher plus dans le merveilleux pour accueillir Dieu entré en humanité.
Bien sûr, libre à vous de continuer à imaginer Joseph et Marie frappant à toutes les portes au milieu d'une tempête de neige. Sachez simplement que c'est peu probable et qu'il vaut peut-être mieux ne pas transmettre ces images à nos enfants, par respect pour eux, pour éviter que, devenus grands, ils ne nous reprochent de leur avoir raconté n'importe quoi, et qu'ils ne jettent le bébé avec l'eau du bain...

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